Voltaire

MARTIN ENTRE AUTRES - l'autisme

Sortie de presse le 28 septembre, dans le cadre de la Foire du Livre de Musson

 

Martin est autiste : un jeune homme différent, rigide et isolé. Soudain, il est confronté à un microcosme, celui du travail, et à l’incertitude des relations humaines… Martin parmi d’autres n’est ni un livre théorique à connotation scientifique, ni un témoignage et encore moins un guide pratique de l’autisme. L’histoire est conçue pour intéresser tout un chacun et lui donner du plaisir. C’est bel et bien un roman, un roman dédié à la différence et qui s’inscrit très naturellement dans la collection Isis, dédiée à la santé.

   Un matin, Martin est là, assis à sa table de travail dans un atelier d’imprimerie. On le remarque à peine ; il ne salue aucun des membres du personnel de cette petite entreprise. Absorbé par la tâche qui lui a été confiée, il accomplit son travail avec toute l’obsession dont il est capable… jusqu’à ce qu’une farce sans méchanceté dont il est la cible tourne mal ! Qui est Martin ? Comment peut-on comprendre ses incohérences, supporter l’indifférence dont il fait preuve, bousculer ses manières marginales ? De filatures en mises à l’épreuve, les collègues, ligués, vont essayer de comprendre. Ils vont tout faire pour se protéger d’un prétendu danger qu’incarnerait Martin. La peur de l’inconnu les égarera au point que lorsque la vérité éclatera, ils n’auront plus qu’à cheminer seuls face à eux-mêmes. Le livre raconte ces trajectoires imprévisibles qui s’entrecroisent et s’interpellent. Martin, héros inexpressif, oriente involontairement les autres protagonistes vers la quête d’eux-mêmes. Certains d’entre eux aboutiront sans doute.

 

LES AUTEURS  Née en 1975 à Arlon, Sophie Hannick est l’aînée de trois filles. Elle découvre très tôt les symptômes de l’autisme, avant même que le diagnostic ne soit rendu, à travers un petit garçon qui vit dans son quartier et dont elle assurera la garde, l’investissant comme un petit frère. En fin de secondaire, elle réalise un travail sur l’autisme et décide de s’orienter vers une licence en psychologie pour mieux comprendre ce syndrome. Elle anime des séjours et effectue plusieurs stages dans des institutions pour enfants, adolescents et autistes, notamment à Paris.   

   C’est à Louvain-la-Neuve et dans le cadre d’une formation consacrée au handicap qu’elle fait la connaissance d’Isabelle. Leur amitié scellée depuis maintenant dix ans les a d’ailleurs amenées à choisir l’autre comme marraine de leur fils respectif.

   En 1998, Sophie participe activement à la mise sur pied d’une antenne APEPA (Association de Parents pour l’épanouissement des Personnes Autistes).

   Après son mémoire de fin d’études consacré à l’autisme ainsi qu’un post-graduat en psychomotricité à Liège, Sophie Hannick travaille comme chercheur à l’Université catholique de Louvain, puis revient dans sa région natale en tant que psychologue de liaison à la Clinique Saint-Joseph d’Arlon.

   Mère comblée de deux enfants, elle peut assouvir sa passion pour l’écriture qui s’est imposée depuis plusieurs années. En 2004, elle reçoit le prix littéraire d’encouragement Jean Lebon pour la nouvelle intitulée « Seconde chance ». Auteur de publications scientifiques dans le domaine de l'autisme, elle compte à son actif plusieurs nouvelles, ainsi que des ouvrages en collaboration, un premier roman, La vallée désenchantée, et un récit fantastique illustré.

 

   Isabelle Roskam est née en 1973, dans une famille de trois enfants, dans la région liégeoise. Très tôt, elle a montré un grand intérêt pour le bénévolat auprès des personnes handicapées. Monitrice, puis respon-sable d’un service de loisirs destiné à ces personnes, elle partage avec elles de nombreuses activités, sorties et séjours résidentiels. C’est lors d’un de ces séjours, et alors qu’elle n’est qu’une adolescente, qu’elle fait la connaissance d’une jeune fille autiste dont elle prendra soin, au quotidien, pendant plusieurs années.

   A 18 ans, elle entreprend des études de psychologie assorties de diverses formations complémentaires au cours desquelles elle engrange une formation théorique à l’éducation spécialisée. Un doctorat réalisé à l’Université Catholique de Louvain (UCL) entre 1996 et 2000, un post-doctorat mandaté par l’Agence Wallonne d’Intégration des Personnes Handicapées (AWIPH) réalisé auprès des services d’aide précoce entre 2000 et 2002, et un séjour de perfectionnement scientifique à l’université de Cambridge en 2005, ont conduit Isabelle à un poste de professeur à l’UCL. L’écriture scientifique fait naturellement partie de ses activités professionnelles. Elle s’essaie ici à un autre style, plus littéraire, celui du roman.

 

 

INTERVIEW D'ISABELLE ROSKAM ET DE SOPHIE HANNICK

 

Comment être passée de l’écriture scientifique à une écriture plus littéraire ?

Isabelle : C’est en fait le contraire !  Dès mon enfance, j’ai toujours aimé écrire, raconter des histoires. Adolescente, j’ai participé à différents concours de nouvelles avec plus ou moins de réussite. Je partageais à cette époque cette passion avec des proches, notamment un professeur de français de mon école secondaire. Cette complicité autour de l’écriture a signé le début d’une belle amitié qui a continué de grandir jusqu’aujourd’hui.

   Une fois à l’université, je n’ai pas toujours trouvé le temps d’écrire. Je me suis investie dans mon projet professionnel et j’y ai trouvé d’autres occasions d’écrire, cette fois des articles scientifiques. Cela constitue aujourd’hui une des activités essentielles de mes travaux de recherche et d’enseignement à l’université.

Sophie : Cette passion n’est pas nouvelle pour moi non plus. Durant l’adolescence, je remplissais des carnets intimes, j’écrivais des chansons, des poèmes, des comptes-rendus de vacances, des nouvelles, et même un petit roman… Il faut dire que mes parents sont très littéraires, la maison familiale déborde de livres et j’ai toujours vu mon père écrire, qu’il s’agisse de son doctorat en histoire ou d’articles!

 

Pourquoi un roman écrit à deux mains ?

Isabelle : Martin est le fruit d’une amitié forte tout d’abord. Je ne pense pas qu’il aurait eu cette physionomie si Sophie ou moi l’avais écrit seule. Je connais Sophie depuis 10 ans ; nous avons fait nos études dans la même faculté et nous avions des intérêts professionnels et des loisirs très proches. Là encore, c’est une belle amitié qui a vu le jour. En novembre dernier, elle m’a proposé ce projet d’écriture sur le thème d’un jeune autiste qui tente une insertion professionnelle dans une imprimerie, sans que le personnel ait été averti, préparé et sensibilisé à cette problématique. Malgré un emploi du temps bien chargé, je n’ai pas hésité longtemps à accepter. Ecrire à deux est un fameux challenge ! Il faut élaborer le scénario ensemble, puis se répartir les différents chapitres à rédiger en veillant à éviter les contradictions et les « télescopages » ! Cela nécessite une entente et une communication parfaites. Il faut également pouvoir entendre les critiques lors de la relecture par l’autre, pouvoir harmoniser les deux styles et continuer de se laisser porter par les idées qui émergent chez chacune d’entre nous. Une très chouette expérience !

Sophie : Pour moi, ce n’était pas la première expérience d’écriture à quatre mains… C’est très stimulant surtout quand une grande complicité est présente ! Lorsque j’ai pris contact avec Luc Verton pour lui proposer mon projet, il m’a demandé si j’envisageais une rédaction à deux car il trouvait cette formule très riche et j’ai immédiatement pensé à Isabelle. Mon premier roman requérait déjà cette obligation permanente de relier d’une façon cohérente deux créativités, deux imaginaires et ce, dans un profond respect réciproque. L’utilisation du courrier électronique a incontestablement facilité ce mode d’écriture et les échanges littéraires entre nous deux.

 

Pourquoi l’autisme ?

Sophie : L’autisme est un sujet qu’Isabelle et moi connaissons bien. D’abord et avant tout sur le plan privé. En ce qui me concerne, j’ai suivi de très près et dès son plus jeune âge le développement d’un garçon né en 1984 que j’ai investi comme un petit frère et qui est diagnostiqué « autiste de haut niveau »… C’est d’ailleurs lui qui figure sur la couverture du livre. Adolescente, j’ai animé bénévolement des séjours pour personnes handicapées, j’ai réalisé mon travail de fin de secondaire sur l’autisme et j’ai ensuite décidé de m’orienter vers une licence en psychologie pour mieux comprendre ce syndrome de manière tant pratique (grâce aux stages) que théorique.

Il m’a également semblé capital de participer activement à la mise sur pied à Arlon d’une antenne APEPA (Association de Parents pour l’épanouissement des Personnes Autistes).

En réalité, j’ai toujours souhaité écrire un ouvrage sur l’autisme soit d’une manière scientifique soit sous la forme d’un récit fictif.

Isabelle : Pour ma part, mes premiers contacts avec les personnes autistes remontent à 1989, année où j’ai commencé à accompagner des groupes de personnes handicapées lors de séjours de vacances. J’étais monitrice bénévole, sans formation particulière, avec juste l’envie de me montrer disponible et ouverte à cette expérience nouvelle. Cela m’a plu ! Avec le temps, je suis devenue responsable de ce service de loisirs pour personnes handicapées. Une période de 10 ans qui me laisse un souvenir fabuleux !  C’est lors de mon tout premier séjour que j’ai fait la connaissance d’une petite fille autiste dont je me suis occupée au quotidien pendant plusieurs années par la suite.

Les études de psychologie, et les expériences professionnelles qui s’en sont suivies m’ont apporté, après la formation humaine, une formation scientifique à propos de l’autisme.

Martin est le reflet, je l’espère, de cette connaissance à la fois humaine et scientifique des personnes présentant de l’autisme.

 

D’autres projets ?

Isabelle : Pas pour l’instant mais l’expérience a été si agréable que je ne refuserais pas une autre occasion si elle devait se présenter. Cela dépendra probablement de l’intérêt que suscitera Martin auprès des lecteurs.

Sophie : Je viens de terminer un roman écrit seule… Il me reste maintenant à trouver un éditeur et ce n’est pas le plus facile ! Mais je ne refuserais sans doute pas non plus l’opportunité d’une nouvelle expérience à deux ! Dès que j’achève un récit, je brûle d’envie et d’impatience d’en écrire un autre !

 

Est-ce un roman plutôt destiné aux lecteurs concernés d’une manière ou d’une autre par l’autisme ?

Isabelle : Non, pas du tout. Martin est avant tout un roman racontant une aventure humaine ! Il peut être lu par tout lecteur. On n’y apprend pas ce qu’est l’autisme… On rencontre Martin dont le comportement questionne. On y rencontre aussi des protagonistes comme vous et moi, que la différence fait sourire, inquiète ou dérange. Chacun peut se retrouver d’une certaine manière à travers ces gens qui, bouleversés dans leur train-train, vont se remettre en question, dialoguer entre eux comme ils ne l’ont jamais fait, adopter des conduites inhabituelles et être mis face à des choix nouveaux.

Sophie : Bien sûr, ce roman n’est ni un livre théorique à connotation scientifique ni un témoignage et encore moins un guide pratique de l’autisme. L’histoire est conçue pour intéresser tout un chacun et lui donner du plaisir. Je confirme donc que n’importe qui peut y puiser quelque chose… En revanche, je pense que les comportements et réactions de Martin donneront aux lecteurs une perception de ce que recouvre la réalité de l’autisme. Les choses ne sont pas expliquées ou citées mais montrées, vécues (parfois intensément !) par les protagonistes et permettront, selon moi, une certaine sensibilisation à ce trouble du développement, ce qui correspond assez bien, je crois, à l’objectif principal visé par la collection ISIS des éditions Memogrames.

Pour ce qui est des personnes concernées par cette problématiques, elles reconnaîtront sans aucun doute chez Martin des traits, voire des caractéristiques de leur enfant autiste ou chez ses parents, l’angoisse d’un devenir incertain. Si ce livre peut leur procurer l’espoir d’un avenir heureux, tant mieux !

 

Martin est-il un roman qui défend le droit au travail pour les personnes handicapées ?

Isabelle : Pas vraiment ! Il n’y a pas de réelle prise de position dans cet ouvrage. Juste la réalité des uns et des autres, chacun avec ses propres contraintes et ses propres doutes. Il y a des enjeux contradictoires dans cette histoire, entre Martin, son père, sa mère, sa sœur, les collègues. Ce n’est pas la mise au travail de Martin qui pose problème, au contraire, on le loue pour son application ! C’est le contexte de non-dit et les enjeux financiers et autres qui le dépassent, qui rendent son intégration compliquée. C’est un peu le reflet d’une certaine réalité !

Sophie : Le roman véhicule quand même l’idée d’une ouverture d’esprit, de la richesse d’une rencontre avec l’autre, avec la différence… Et si l’autisme est décrit comme un trouble de la communication, on se rend compte qu’il ne faut pas être autiste pour éprouver des difficultés à bien communiquer !

 

 

Les commentaires sont fermés.