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CES DAMES DE NOTRE-DAME A LA ROSE

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Ces Dames de l'hôpital Notre-Dame à la Rose vient de paraître chez Memogrames, dans sa collection Isis, en partenariat avec l'Office du Tourisme de Lessines et l'ASBL Les Amis de l'Hôpital Notre-Dame à la Rose. L'ouvrage de 192 pages au format A5 réunit dix nouvelles, complétées de dix commentaires historiques et de nombreuses illustrations en couleur.  Son auteur, Marianne VANHECKE, avait déjà publié chez Memogrames et dans la même collection, Parkinson s'est invité chez nous (coécrit avec Lucette Hoisnard) . A noter qu'à l'instigation du musée lessinois, le livre paraît aussi en version néerlandaise.

 

   Ces « Dames de l’hôpital Notre-Dame à la Rose », ce sont ces femmes qui, plus de sept siècles durant, se sont succédées au sein de l’hôtel-Dieu de Lessines pour y soulager l’immense détresse des plus misérables de leurs contemporains : les pauvres malades.

   La plupart sont des religieuses, de l’ordre des chanoinesses de saint Augustin. Mais pas toutes. A commencer par la fondatrice, Alix de Rosoit, veuve d’Arnould IV d’Audernarde, grand bailli de Flandre.

   Certaines ont réellement existé. Comme Jeanne Duquesne, dame prieure du XVIIe siècle. D’autres sont imaginaires. Mais dans ce cas, toujours, elles sont emblématiques des diverses catégories de femmes qui ont vécu et œuvré à l’hôpital au fil des siècles : la novice, la malade, la bienfaitrice, l’apothicaire à l’esprit éclairé ou l’aide-soignante du XXe.

   Or, nous avons choisi de conter leurs histoires par le biais de nouvelles, c’est-à-dire de brefs récits de fiction. Néanmoins, ceux-ci sont profondément ancrés dans la réalité historique et l’esprit de leur temps, par ailleurs évoqués dans la courte information documentaire qui complète chaque nouvelle et par les nombreux documents photographiques qui agrémentent l’ouvra-ge. Ce faisant, ce n’est pas seulement la fabuleuse institution fondée par Alix de Rosoit qui prend vie : toute l’histoire du mouvement hospitalier et de l’évolution sociale dans nos régions se fait jour au travers de ces récits qui pourraient être vrais et qui se lisent comme… un roman.

    Notons enfin que la couverture est due au pinceau de Séraphine, la dessinatrice belge bien connue des bédéphiles, auteur notamment de la série « France de Riga » chez Glénat.

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Interview de l’auteur :

Marianne Vanhecke, comment vous est venue l’idée de consacrer un livre à l’hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines ?

 À l’origine, il s’agit d’une demande du conservateur, Raphaël Debruyn, que j’avais rencontré dans le cadre de mes activités à l’hebdomadaire médical « Le Généraliste » et avec lequel j’avais eu l’occasion de collaborer à un petit jeu de « devinettes » destiné aux lecteurs sur le thème des instruments médicaux d’autrefois. Il souhaitait un ouvrage qui pourrait prendre place, par son importance et par son prix, entre l’excellent petit guide de visite et le bel ouvrage plein d’érudition, « Hôpital Notre-Dame à la Rose, 8 siècles d’histoire » qu’il à lui-même écrit avec ses collaborateurs Elise Bocquet, Graziella Deleuze, André Viatour et Marc Vuidar. Or, il me semblait que, même si ce lieu extraordinaire qu’est l’hôpital Notre-Dame à la Rose était encadré par des hommes, tels l’archevêque de Cambrai ou les prêtres directeurs, il a d’abord et surtout été l’œuvre des femmes qui y ont vécu, prié et agi en faveur des plus démunis. J’ai donc proposé de traiter le sujet de manière chronologique par le biais des portraits de ces femmes.

Des portraits largement « romancés » puisqu’il s’agit de nouvelles.

La difficulté venait de ce que, si les archives de l’hôpital ont légué les noms de la plupart des prieures et d’innombrables religieuses, si nous en savons long sur leur spiritualité et leur mode de vie, sur les phases de construction des bâtiments, les conflits qui les opposèrent aux autorités de la ville, les progrès de la médecine et de la pharmacie, par contre, sauf exception, nous disposons de peu d’informations sur la personnalité de chacune d’entre elles, leur individualité au sein de la communauté. Il fallait donc imaginer. Imaginer ce que ces femmes pouvaient vivre et ressentir dans leurs rôles de dame prieure, garde-malade ou apothicaire, à des époques bien précises. C’est ce que j’ai fait, en choisissant dix périodes, dix situations, dix femmes fort différentes les unes des autres.

Toutes n’ont donc pas réellement existé ?

Non ! Les personnages historiques sont : Alix de Rosoit, la fondatrice ; Jacqueline d’Alost, envisagée au moment où elle devient novice ; Jeanne Duquesne, l’une des grandes prieures du XVIIe siècle, à qui on doit l’essentiel des bâtiments actuels et d’innombrables richesses artistiques ; Marie-Rose Carouy, dame prieure du début du XXe siècle et créatrice de l’Helkiaze, un médicament « miracle » qui a popularisé le nom de « Notre-Dame à la Rose ». Mais les six autres auraient pu exister : une garde-malade du XIVe siècle, qui nous fait découvrir le quotidien des religieuses ; une malade de la fin du XVIe ; une bienfaitrice qui s’est retirée à l’hôpital peu avant la grande épidémie de peste de 1655 ; une apothicaire du XVIIIe chez qui point l’esprit critique du siècle des Lumières ; une infirmière du XIXe siècle qui assiste aux fulgurants progrès de la médecine, notamment l’asepsie et l’antisepsie ; une aide-soignante du début du XXe siècle, au moment où l’hôpital, sur le déclin, se réduit de plus en plus à un hospice pour vieillards. 

Le contexte historique, médical et social est donc respecté…

… et davantage détaillé dans la notice documentaire qui complète chaque récit. Truffer les nouvelles de détails historiques les aurait alourdies. Dans les nouvelles, j’ai donc privilégié le plaisir de la lecture, la découverte d’une personnalité de femme. L’information documentaire, elle, éclaire certains points qui pourraient rester obscurs. Par exemple : pourquoi la sœur tourière est-elle sur le point de refuser l’accès de l’hôpital à une femme en couches ? Comment la peste se propage-t-elle et comment la combattait-on au XVIIe siècle ? Il est donc tout à fait possible de ne lire que les nouvelles ! Ou que les notices documentaires. De commencer par les nouvelles suivies des notices. Ou de suivre l’ordre logique : une nouvelle et sa notice. Les entrées sont multiples, de façon à rendre l’ouvrage accessible au plus grand nombre, mais, quel que soit le parcours, petit à petit ce sont huit siècles d’histoire hospitalière dans nos régions qui se dévoilent à travers ces femmes attachantes.

Des religieuses pour la plupart !

Bien sûr ! Mais parce que, avant de devenir l’une des épouses mystiques du Christ, toute religieuse est d’abord une femme, j’ai voulu que chacune de ces héroïnes du quotidien éprouve des sentiments et des émotions de femme. Donc, en plus du Seigneur Jésus-Christ, certaines aiment ou ont aimé, un garçon de leur âge, un mari, un fils, une grand-mère, une amie… L’une d’entre elles, peut-être la plus forte, la plus combative, est émue par un jeune homme. Une autre doute, a peur de ne pas être à la hauteur. Une troisième s’insurge secrètement contre la tyrannie de l’obscurantisme, pleure sa compagne… Et toutes, ou presque, luttent autant contre la pauvreté, la maladie et la mort, que contre elles-mêmes, pour pouvoir poursuivre leur mission et assumer leur rôle ingrat auprès des pauvres malades, ces seigneurs de la maison. L’histoire des chanoinesses de saint Augustin à l’hôpital Notre-Dame à la Rose n’est donc pas seulement une histoire de bonnes sœurs, mais bien celle de femmes fortes, obstinées, foncièrement attachantes, qui, envers et contre tout, ont perpétué au fil des siècles un esprit de dévouement, qui devrait toucher tous les lecteurs, qu’ils soient ou non croyants.  

 

Pour plus d'infos concernant l'Hôpital de Notre-Dame à la Rose , visitez le site du musée : http://www.notredamealarose.com 

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