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SOUFFRIR D'ENSEIGNER... En collection de poche pour la rentrée scolaire !

L’ouvrage de Rémi BOYER et José Mario HORENSTEIN, Souffrir d’Enseigner… Faut-il rester ou partir ? , paru en octobre 2013, fut assurément un pavé dans la mare… de l’Education nationale en raison de son audace, de son non-conformisme et du sérieux des multiples informations, des innombrables témoignages qu’il réunit et de la gravité des questions qu’il soulève.  Près de deux ans après son arrivée sur les rayonnages des librairies, son succès reste entier et plusieurs dizaines d’exemplaires s’écoulent encore mensuellement, signe d’un malaise persistant et d’enseignants en quête de réponses face à leur détresse et leur questionnement : « Que fais-je dans cette galère ? Dois-je y rester ou faire autre chose ? »  

libération 11 octobre.png   La presse aussi a été interpellée par ce livre : dès sa parution, Libération lui consacra une pleine page et, dans son édition du 13 au 19 mai, c’est à présent Le Point qui, consacrant un dossier aux Profs, évoque l’association Aide aux Profs fondée par Rémi Boyer et le livre qu’il a publié chez Memogrames avec José Mario Horenstein. Par ailleurs, on ne compte plus les périodiques syndicaux ou pédagogiques qui y font référence.

   En conséquence, le second tirage sera épuisé d’ici l’été et l’éditeur envisage à présent une édition de poche, qui devrait paraître dès septembre. La décision devrait intervenir courant juin. En attendant, les plus pressés peuvent encore le commander en ligne auprès de la FNAC, de Decitre et autres e-libraires ou auprès de leur libraire habituel. Les deux diffuseurs français de Memogrames peuvent actuellement encore honorer les commandes.

Nous reproduisons l’interview des auteurs parue en 2013, à la sortie du livre :

Rémi Boyer, pourquoi avoir voulu écrire un 3e livre et en quoi est-il différent des deux précédents que vous aviez publié sur les secondes carrières des enseignants ?

 

Rémi Boyer : Quand j’ai créé Aide aux Profs le 18 juillet 2006, les demandes émanaient d’enseignants en grande souffrance, et qui nous exprimaient leurs difficultés au travail. Nous n’avions pas de réponse à ces problématiques à l’époque, car nous avions axé notre dispositif sur l’information, le conseil et l’accompagnement des enseignants dans leurs projets de reconversion professionnelle. Pourtant, 70 à 80 % de nos contacts provenaient d’enseignants du 1er degré et du 2nd degré en difficulté plus ou moins grande dans leur métier, d’une grande diversité. Les deux premiers ouvrages que j’ai publiés ont permis de cerner de manière exhaustive, grâce à un gros travail d’investigation et d’interviews, les possibilités de seconde carrière s’offrant aux enseignants après une à plusieurs décennies d’activité, et s’adressaient globalement à 20 à 30% des enseignants qui nous contactaient. Entre 2006 et 2012, nous avons été étonnés sur notre association des nombreuses difficultés qui peuvent se développer au cours d’une vie d’enseignant, avec des interactions souvent fortes entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Aussi, comme les problématiques de la qualité de vie au travail concernaient la majorité de nos contacts, j’avais envie d’écrire un guide pratique permettant aux enseignants, souvent isolés dans leurs difficultés, de s’identifier à des témoignages présentés selon des typologies variées, et de trouver les moyens pour s’en sortir, avec des exercices pratiques et des pistes de remédiation, en sachant utiliser tous les moyens que différentes institutions peuvent mettre à leur service, et dont ils ignorent souvent l’existence.

Rémi BOYER - photo auteur.jpg   Je souhaitais trouver un spécialiste capable d’analyser ces difficultés et de leur apporter des pistes de réflexion, et pour s’en sortir. J’ai cherché de longs mois, et après plusieurs tentatives infructueuses, j’ai trouvé que la personnalité et l’expérience professionnelle de 39 ans de José Mario Horenstein s’y prêtait bien, et il a accepté ce projet de grande envergure, puisque les témoignages présentés sont très nombreux, une grande première pour un ouvrage de ce type, grâce aux 2907 témoignages qui nous sont parvenus entre le 1er janvier 2011 et le 1er juillet 2013 sur Aide aux Profs.

 

José Mario Horenstein : Une fois encore, nous constatons l’intérêt, s’agissant  d’un ouvrage sur des problèmes professionnels, d’associer une expertise donnant de la perspective et de l’ouverture, avec un homme de terrain ramenant à du concret. Outre le plaisir d’un enrichissement mutuel, nous pensons que cet ouvrage réussit une synthèse peu fréquente dans la littérature sur le sujet.

 

Pourquoi faire appel à un médecin psychiatre pour coécrire cet ouvrage ? Cela signifie-t-il que tous les enseignants en difficulté devraient consulter un psychiatre ?

 

Rémi Boyer : Ce n’est pas le médecin psychiatre que j’ai vu en rencontrant pour la première fois José Mario Horenstein, mais un praticien de grande expérience, avec une grande sérénité en lui et une grande qualité de diagnostic, qui a aidé plus de 8 000 enseignants dans leurs difficultés variées et leurs problèmes de santé, au dispositif psychiatrique de la Mutuelle Générale de l’Education Nationale (MGEN) pendant près de 40 ans avant sa retraite, le 1er avril 2013. Les psychiatres ont une vision systémique des choses, et sont au carrefour de nombreuses disciplines de santé mentale, et la grande expérience de José Mario m’est apparue comme une véritable chance pour ce livre.

Quand j’ai rencontré des difficultés personnelles et professionnelles à un moment de ma carrière quand j’enseignais, je me suis aperçu que la hiérarchie de l’Education Nationale manque cruellement de moyens et de personnels bien formés pour faire face à des situations complexes au travail comme celle que j’avais subie, et que la qualité de vie au travail n’était pas du tout garantie dans ces conditions.

 

José Mario Horenstein : La psychiatrie est prise entre deux écueils, médicaliser les problèmesDr JM Horenstein.jpg de travail ou empêcher l’accès aux soins sous prétexte que c’est le travail qu’il faut changer. Le risque pour un psychiatre est de généraliser à toute une profession les caractéristiques des patients qu’il a rencontrés dans son cabinet médical. C’est la raison pour laquelle nous avons créé, il y a quelques années, une consultation « Psychiatrie et travail », pour donner de la visibilité à des actions de prévention sur le terrain, auprès des enseignants et pas des malades. Les 850 000 enseignants ne relèvent pas de  la psychiatrie, toutefois : « Ce qui est nécessaire pour l’enseignant ce n’est pas seulement une formation pour faire son métier mais aussi pour y rester sans préjudices pour sa personne ».

 

Pourquoi avoir voulu écrire un nouvel ouvrage sur la souffrance des professeurs ? Tout n’a-t-il pas été dit sur ce sujet ? Qu’y a-t-il de différent ici ?

 

Rémi Boyer : En consultant les ouvrages parus sur cette problématique depuis une trentaine d’années, je me suis aperçu qu’ils manquaient de témoignages. Ils présentent tous une grande richesse sur les modalités de survenance des types de difficulté d’analyse et de propositions de remédiation, mais ils ne disposaient pas d’un dispositif comme le nôtre, leur procurant des vécus au travail provenant d’enseignants de toute la France, dans toutes les disciplines, d’hommes et de femmes de 22 à 64 ans.

Nous exposons la stricte réalité du métier d’enseignant quand ça se passe mal, en mettant en exergue tous les travers réels de cette forme de Gestion des ressources Humaines en vigueur à l’Education Nationale, et qui, malgré les nombreux rapports qui se succèdent pour en dénoncer le fonctionnement, semble inaltérable, à des lieues de l’idée que l’on se fait de l’Humanisme.

C’est ce que nous apportons de différent, ce qui m’a permis de concevoir cette typologie exhaustive des difficultés vécues au travail durant toute la vie d’un enseignant.

 

José Mario Horenstein : Précisément, ce n’est pas un ouvrage sur la souffrance des enseignants ; nous n’avons pas souhaité rester dans des concepts flous. Les risques psychosociaux méritent d’être abordés, au sein de l’Education Nationale, avec la même précision que dans les entreprises. Il ne faut pas oublier que la Fonction Publique n’a été intégrée que très récemment dans les plans de santé au travail du gouvernement et que des enquêtes conduites régulièrement ailleurs, ne se font pas à l’Education Nationale par manque de médecins du travail. Vu le coût social et humain très important de ces risques conduisant à des arrêts de travail, des soins et de l’invalidité, nous avons abordé dans le détail des questions concernant les critères diagnostics et les imputations au service, les accidents de travail et les maladies professionnelles.

 

Pourquoi avoir voulu publier en Belgique et pas en France, et pourquoi la maison d’édition  Memogrames ?

 

GRH_1.jpgRémi Boyer : Aux 16e et 17e siècles, l’imprimerie et l’édition ont connu leur âge d’or aux Provinces-Unies et dans leurs dépendances. Alors qu’une partie du reste de l’Europe ne respectait pas la liberté d’opinion ni de culte et rencontrait des problèmes économiques et d’endettement, la République des Provinces-Unies était la première puissance commerciale au monde.

Terre de liberté, elle fut alors le refuge de nombreux érudits, écrivains, scientifiques, dans tous les domaines. C’est en mémoire de cet esprit de liberté qu’Aide aux Profs a choisi de communiquer autrement. Quant à Luc Verton, le directeur des éditions Memogrames, professeur de formation, il a enseigné le français pendant 9 ans avant d'exercer des responsabilités syndicales dans l'enseignement pendant près de vingt ans. Publier notre livre, c'est un prolongement naturel de son engagement passé.

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