Voltaire

CUBA SI ! 140 PHOTOS REMARQUABLES ET DES TEXTES BILINGUES

Cuba Si !, c'est un magnifique album relié, grand format, de 192 pages sur un superbe papier glacé de 150 gr. C'est surtout 140 photos de Jean-Jacques Sommeryns, à la découverte d'un peuple, accompagnées de textes introductifs de chapitres dus à divers contributeurs, tous amoureux de Cuba. De week-end en week-end de ce mois de novembre, le livre sera présenté successivement à la Foire du Live politique de Liège, à Tournai la Page, à Mon's Livre et à la Foire du Livre belge à Uccle. Il sera disponible en librairie pour la deuxième quinzaine de novembre et en France, après le 20 novembre. Fait désormais rare dans l'édition belge, le livre est bilingue français-néerlandais et pourra donc "faire carrière" dans tout le Benelux. En attendant sa sortie de presse, nous avons interviewé Jean-Jacques Sommeryns. 

EB-portrait Sommeryns.jpgDepuis quand la photographie fait-elle partie de votre vie ?

   J'ai commencé à pratiquer la photographie très jeune en autodidacte d'abord. J'avais un laboratoire où je passais de longues heures à travailler mes tirages aussi bien en noir et blanc qu'en couleur.

   Après un séjour en Islande en 1982, ma première exposition personnelle m’a étiqueté comme un photographe paysagiste. Les commentaires de presse relevaient une rigueur dans la composition des images. Peut-être n’est ce pas sans rapport avec ma formation d’ingénieur civil.

 Par la suite, le goût des voyages m’a amené à diriger un cycle de reportages audiovisuels  qui diffusait des réalisations mettant l'accent sur la vie quotidienne des populations rencontrées en ignorant délibérément le tourisme de plage et évitant les longues digressions historico-culturelles. J'ai moi-même participé avec un groupe d'amis à la réalisation de plusieurs de ces reportages en tant que photographe. Parmi ceux-ci, deux reportages consacrés à l'Egypte. Non pas l'Egypte des Pharaons mais l'Egypte des Egyptiens : le premier sur le Delta du Nil et le second sur la ville du Caire. Au total, douze voyages ont été nécessaires pour couvrir ces deux sujets.

    J'ai également exposé des photos prises en Syrie à la Galerie Verhaeren à Bruxelles. Enfin, grâce à deux agences photographiques à Bruxelles et à Paris, mes photos sont parues dans de nombreuses publications.

 Quelle est votre démarche en tant que photographe ?

     Si, dans un premier temps, j'étais considéré comme un photographe paysagiste, j'ai petit à petit évolué vers la photographie humaniste. Je photographie au gré des rencontres en essayant de me faire oublier, de me rendre invisible pour ne pas interférer avec le sujet. Je renonce donc à toute mise en scène, mais, par contre, je ne me cache pas, je photographie de près sans téléobjectif en intégrant les personnages dans le décor, dans leur environnement quotidien, sociologiquement significatif.

    A propos de la composition, je recherche la simplicité en éliminant tous les éléments parasites, sans relation avec le sujet  de la photographie.  J'attache également de l'importance à l'harmonie et à la sobriété des couleurs. Bien entendu, il est souvent difficile d'obtenir la conjonction de tous ces éléments. Mais parfois, le miracle se produit ...

 Qu’est-ce qui vous a amené à Cuba ?

    Passionné de voyages, je tiens depuis toujours une liste de destinations qui me font rêver, où j'aimerais me rendre : Samarcande, Saint-Pétersbourg, Alexandrie, Alep, Tombouctou, l'Ethiopie, la Birmanie... et Cuba.

    Pour le choix de Cuba, l’élément décisif a été la rencontre d’un amoureux de Cuba, qui nous a aidés à organiser  un séjour en individuel, en roue libre, avec logement chez l’habitant. Pour ce voyage, mon ami Charles Henneghien, photographe de longue date et compagnon de route à de nombreuses occasions, a décidé de m'accompagner. S'est joint aussi Jean-Louis Pestiaux, grand nostalgique du romantisme révolutionnaire cubain.

    Je conservais  un fond de sympathie pour ce qu’a été l'histoire improbable de l’aventure castriste. Cette sympathie n’a fait que se confirmer au fil des rencontres lors du voyage en découvrant le récit des souvenirs des années de privations terribles, surtout après la chute de l’URSS. Sans entrer dans les débats politiques, comment ne pas respecter le courage et la volonté que résume le slogan « Cuba si ! Yankee no ! » ?  Sans ignorer les bavures et les dérives du système communiste, cela restera dans l’histoire comme une leçon de dignité  à l’image du Vieil homme et la  mer d’Hemingway : un peuple a lutté pour sa survie, comme David contre Goliath.

 On trouve peut-être une explication de cette survie dans la ferveur de la célébration du carnaval de Santiago, ou l'omniprésence de la musique et de la danse. Partout, on sent cette vitalité profonde, viscérale, à quoi contribue peut-être le métissage et l’héritage des racines africaines.

 Ce livre ne sort pas par hasard dans le contexte d’une évolution géopolitique importante. Le dégel probable du blocus économique de Cuba y est sans doute pour quelque chose.

     Oui, certes et je m’en réjouis, mais ne soyons pas naïfs : dans cette période  de changements profonds que Cuba va affronter, les enjeux idéologiques ne vont pas disparaître comme par enchantement.
   Ce livre est avant tout un livre de photographies. Mon ambition a été de rendre compte du quotidien, sans effet, sans sensationnalisme, sans arrière-pensées. J’espère que cette approche ne sera pas inutile dans le contexte actuel de détente et de normalisation.

    Au départ, ma motivation n'était pas de coller avec l'actualité du moment. J'avais réalisé avec une amie graphiste une prémaquette proposant une mise en page des photographies basée sur des doubles pages où chacune des deux photos s'harmonisaient au mieux.

    J'ai eu l'occasion de soumettre ce projet à Georges Vercheval, fondateur du Musée de la photographie à Charleroi qui a d'emblée proposé d'écrire un texte d'accompagnement. Charles Henneghien a contacté son éditeur, Luc Verton, qui a accepté le projet avec enthousiasme.

    Restait à trouver des auteurs pour les textes d'introduction de chaque chapitre. J'ai eu la chance de rencontrer à Bruxelles un chercheur à l'IRIS (Institut de recherches internationales et stratégiques) de Paris spécialiste de l'Amérique latine, J.J. Kourliandsky, qui s'est proposé d'écrire deux textes, l'un sur La Havane et l'autre sur les Cubains.  D'autres textes ont été écrits par mes compagnons de voyage.

    Pour moi, il s'agit essentiellement d'un livre de photographies. Celles que j'ai prises au gré de mes déambulations, souvent solitaires, dans les villes et la campagne cubaines. J'espère qu'au travers de ces images, le lecteur percevra toute l'empathie que j'ai éprouvée pour le peuple cubain.

 

 

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.