Voltaire

Sous le règne d'Aménophis III

... Disponible chez les bons libraires de Belgique et de France dès le 25 février... 

   Egypte antique, 1390 avant notre ère, période dite du «Nouvel Empire», XVIIIe dynastie... Sous le règne du pharaon Aménophis III, le pays du Nil connaît un âge d’or sans précédent. Ahmès, issu d’une famille de la petite noblesse thébaine, apprécié pour sa droiture, devient ainsi médecin attaché à la Cour royale, et va, malgré lui, être entraîné dans le tourbillon de l’Histoire, alors que de sombres menaces pèsent sur le royaume. Né une nuit de pleine Lune, sa mère le nomme Ahmès, «celui qui est né de la Lune». Il tentera, toute son existence, de rester fidèle aux valeurs que lui aura inspirées le grand Dieu lunaire Thot, "celui qui est doué de tout savoir et de toute sagesse", scribe divin, père de toutes les sciences, des arts et de la médecine.

   Son sens de l’humanité et son destin hors du commun seront-ils en mesure de déjouer les forces du chaos ? Les aventures du médecin Ahmès à travers l’Afrique, les provinces égyptiennes et le Proche-Orient, nous entraînent dans un vaste tableau du règne d’Aménophis III. On découvre l’Egypte ancienne à son apogée. Les anecdotes, les us et coutumes, ainsi que les descriptions culturelles et typographiques abondent et donnent au texte une réelle couleur locale.

   L’auteur, Stéphane Radenac, Lillois originaire de Normandie, diplômé de l’Université de Poitiers et Magister Artium de l’Université de Cologne, se consacre depuis des décennies à l’Egypte antique. Parallèlement à ses études de Lettres, il a poursuivi ses recherches spécialisées sur l’histoire prestigieuse de cette civilisation disparue et de nombreux voyages dans la vallée du Nil ont alimenté sa passion. Il nous propose de la partager avec ce premier roman historique, bien charpenté et dûment documenté, qui renouvelle assurément le genre.

Nous avons rencontré l'auteur et lui avons posé quelques questions à propos de son roman et de sa passion pour l'Egypte ancienne.

photoperso1.jpg   Stéphane Radenac, vous publiez chez Memogrames votre premier roman historique, La Lumière de Thot, dont l’action se déroule dans l’Egypte pharaonique, en 1390 avant notre ère, soit durant la période dite du "Nouvel Empire". Pourtant, vous n’êtes pas égyptologue de formation. D’où vous vient cette passion de l’Egypte ancienne ?

    Cela remonte à mon enfance, alors que j’avais onze ans environ. Dans ma ville natale de Coutances, en Normandie, je fréquentais la bibliothèque, qui avait alors un rayon antique assez conséquent. Ayant dit au conservateur que je m’intéressais à l’Egypte ancienne, celui-ci me montra un exemplaire grand format de la description de l’Egypte, ouvrage monumental issu de la campagne de Napoléon de 1798, qu’il avait la chance de posséder en archives et qui était une des éditions des années 1810-1820. J’étais complètement fasciné par les images, les dessins et les croquis que les savants avaient réalisés sur place. Pendant des années, devenant volontiers ce que l’on appellerait aujourd’hui un rat de bibliothèque, je fréquentais ce lieu et dévorais tout ce qui avait rapport de près ou de loin à l’Egypte ancienne. De cette époque est née une véritable passion pour cette civilisation, qui ne m’a plus quitté.

   Pourquoi ce titre, La Lumière de Thot ?

   Le titre souligne le rôle symbolique qu’a Thot dans le roman, avec sa sagesse et son enseignement. Ce rôle se situe sur deux plans, d’abord c’est le dieu de la connaissance et de toute science. Dans le roman, beaucoup de passages relatent la science des Anciens, notamment dans leurs tâches difficiles de construction monumentale. Par ailleurs, Thot est un dieu lunaire et le personnage principal, Ahmès, né une nuit de pleine Lune, est médecin, profession dont Thot, avec la déesse Sekhmet, est le patron. La lumière renvoie au médecin qui luttera pour préserver cette sagesse et les valeurs d’humanisme qu’il aura reçues du dieu lunaire, et fait référence en parallèle au règne éclatant du pharaon Aménophis III.

   En quoi votre roman se démarque-t-il par rapport aux autres concernant cette civilisation et pourquoi avoir choisi l’époque d’Aménophis III, qui n’est pas très connue du grand public ?

J’ai voulu, dans ce roman, non seulement écrire une histoire autour du personnage principal, mais, à travers celle-ci, tenter de produire une peinture de l’Egypte durant ce règne. Il y a de nombreuses descriptions et anecdotes qui émaillent le texte. Aménophis III est, selon moi, le pharaon de l’âge d’or, en tout cas d’un second âge d’or, car les Anciens eux-mêmes désignaient la période de l’Ancien Empire (période des pyramides) comme leur âge d’or. J’ai donc voulu apporter au lecteur quelques lumières sur cette période dont on a encore aujourd’hui du mal à s’imaginer le faste et la prospérité.

   Quelle est la part historique dans votre roman ?

Un tiers des personnages de mon roman a réellement existé. Les anecdotes, les descriptions et autres informations sont toutes les fruits de longues recherches à partir d’ouvrages de grands égyptologues, comme Dominique Valbelle, Claire Lalouette, Jean Yoyotte ou encore Christiane Desroches Noblecourt, et bien d’autres. Le déroulement et les étapes du règne du pharaon suivent une progression historique. Certains passages sur les us et coutumes, notamment sur les droits des femmes, sont absolument véridiques. Naturellement, il s’agit d’un roman, donc certaines scènes sont imaginaires, d’autres, des extrapolations à partir de documents (par exemple, la description de la forteresse de Bouhen, dont il y avait encore des vestiges considérables avant son engloutissement par les eaux du lac Nasser) ; de même, les descriptions de Thèbes et du palais de Malgatta qui tentent de rendre la magnificence des lieux.

Vous évoquez les droits des femmes dans l’Egypte ancienne. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

La femme égyptienne avait de nombreux droits et était considérée l’égale de l’homme, notamment au niveau de ses possibilités d’action dans la vie économique, sociale et juridique, ce qui montre un net décalage par rapport à la condition féminine dans les pays d’époque contemporaine ou même postérieure. Il est remarquable de constater la position singulière du pays des pharaons parmi les grandes nations du monde antique. Cette position tout à fait particulière se retrouve également dans d’autres domaines, où l’Egypte se démarque complètement de ce qui se pratiquait à ces époques. Un mari répudiant sa femme devait avoir une bonne raison de le faire, sinon cela lui coûtait cher : il devait alors restituer tous les biens que sa femme avait apportés au ménage, lui payait une pension alimentaire, ainsi qu’un dédommagement correspondant à la moitié de ses biens. Les employées de maison qui perdaient leurs maris devaient être prises en charge par leur employeur. Christiane Desroches Noblecourt disait à juste titre que la civilisation égyptienne pouvait revendiquer haut la main le titre de culture humaniste bien avant l’heure.

   Avez-vous des exemples ?

   Prenons la tradition antique de l’esclavage. Contrairement aux idées reçues, propagées entre autres par le cinéma, l’esclavage n’existait pas en Egypte ancienne, ce qu’ont confirmé d’ailleurs les dernières recherches. Les clichés persistent encore parfois et les idées reçues, c’est bien connu, ont la vie dure. Ainsi, ceux qui ont bâti les pyramides n’étaient pas des esclaves souffrant et saignant sous le fouet de tortionnaires sans pitié, mais des paysans, des ouvriers et travailleurs, spécialisés pour certains d’entre eux, qui étaient nourris, logés et payés par l’Etat. Ils étaient même fort bien nourris, on a retrouvé ainsi, près du site des édifices, des structures entières, à une échelle quasi industrielle, de boulangeries et de boucheries. De même, les hommes qui se blessaient alors recevaient des soins médicaux. Une grande tolérance sur le plan des lois touchant le travail : un ouvrier, à condition que cela soit enregistré par le scribe chargé du personnel, pouvait s’absenter pour de multiples raisons, comme maux de dents, maladie, aller voir un ami, aller dormir, aller voir sa femme, préparer la bière et d’autres raisons personnelles, sans retenue sur leur solde, si le motif faisait partie de la liste des motifs sérieux (ceux-ci étaient nombreux !)

   Votre personnage principal est médecin. Que sait-on de la médecine égyptienne de l’époque ?

La médecine égyptienne avait grande réputation dans le monde antique. Une pharmacopée très complète, une grande connaissance empirique des plantes médicinales et des substances actives naturelles, la pratique de la réduction de fractures, l’implant de prothèses, et l’existence de médecins spécialistes et de généralistes. Pour les Anciens, c’était le médecin généraliste qui était le plus savant, car il se devait d’avoir une connaissance complète du corps humain, tandis que les spécialistes ne connaissaient que leur domaine. Ils étaient formés dans les fameuses maisons de vie. Même si la religion et la magie y étaient mêlées de près, le médecin égyptien établissait en parallèle un examen, un diagnostique, un protocole de soins, un traitement et un pronostic sur la guérison. Les analyses modernes ont montré que leur pharmacopée était souvent efficace et même que les deux tiers des ingrédients respecteraient le codex pharmaceutique anglais de la deuxième moitié du 20e siècle ! Rajoutons que le système de soins dans l’Egypte ancienne était partie d’un service public, gratuit et ouvert à tous quelle que soit la condition de fortune, service public qui gérait également le système des canaux, la justice, l’éducation. Les malades, en outre, bénéficiaient de congés maladie.

La Déesse Maât est assez récurrente dans le roman, notamment dans la bouche des personnages. Pourquoi ?

   Pour les Anciens, Maât incarne le principe fondamental de l’équilibre et de la justice, s’opposant à toutes les formes de chaos. Plus qu’une déesse, c’est un principe et un des piliers de la civilisation égyptienne. Elle assure l’équilibre cosmique et c’est elle qui fait que l’univers est harmonieux et juste. Symbolisée également par la plume de Maât, qui sert à peser le cœur des défunts lors du tribunal de passage vers l’au-delà. Elle est l’incarnation même des principes que tout Egyptien, y compris le pharaon, premier serviteur de son peuple, se devait de respecter et d’appliquer. Fille de Rê, elle incarne la lumière que celui-ci apporte au monde. Pour les anciens Egyptiens, Maât était le principe le plus important pour régler sa vie, ses rapports avec autrui et avec le monde qui les entourait.

Votre roman semble se terminer par une note sombre, alors que débute le règne d’Akhenaton, premier pharaon monothéiste. Pourquoi avoir pris ce parti ?

   Il est vrai que j’ai pris un peu le contre-pied de l’opinion commune. La religion égyptienne était complexe et subtile, à la fois polythéiste dans ses manifestations et monothéiste dans sa conception. Il y a eu, c’est certain, un syncrétisme religieux à partir de la XVIIIe dynastie, lequel sera poursuivi sous les Ramsès. Cela, Akhénaton ne l’a pas compris, ou peut-être n’a-t-il pas voulu le comprendre, car d’aucuns soutiennent la thèse selon laquelle la « révolution armanienne » aurait été uniquement motivée par la volonté du pharaon de lutter contre le puissant clergé d’Amon. Il s’en est suivi une période de troubles, d’intolérance et de fanatisme, complètement étrangère à la mentalité égyptienne, qui a déstabilisé le pays, et que les anciens Egyptiens ont rejetée et voulu effacer de leur histoire.

Imaginez-vous une suite éventuelle à votre roman ?

Ahmès, le personnage central de mon roman, est un homme mûr lors de la disparition d’Aménophis III et de l’avènement de son fils, le futur Akhénaton. Mais Ahmès a une descendance : il n’est pas exclu qu'elle soit au centre de nouvelles aventures. Mais pour l’instant, c’est un sujet confidentiel que je ne partage qu’avec mon éditeur… Nous verrons !

Stéphane RADENAC, La Lumière de Thot, 416 pages au format B5, Ed. Memogrames, collection Horus, ISBN 978-2-930698-30-4, 30 € TTC. Disponible en librairie en Belgique et en France dès le 25 février 2016 ou en vente directe auprès de l'éditeur (Belgique uniquement) dès le 15 février.

 

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