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SHABBAT : tradition juive, mais encore ?

Daniel COHEN est né en 1934 en Tunisie, dans une famille juive arabophone et orthodoxe. Instituteur de formation, il enseigne à Tunis, tout en poursuivant des études de droit à l’université. Après un bref passage en France, où, ne pouvant envisager une carrière d’avocat, il travaille dans le privé. Il se marie et s’installe en Belgique en 1965, travaille brièvement dans la lingerie féminine, avant de s’orienter vers le commerce diamantaire, où il se partage entre Anvers, l’Italie et Israël. Parallèlement à sa vie professionnelle, il veille, pendant neuf ans, aux destinées de la Communauté israélite sépharade orthodoxe de Bruxelles, comme vice-président, puis président et, à ce titre, est administrateur au Consistoire central israélite de Belgique. Retraité en 1999, il reprend, en 2002, des études universitaires à l’ULB et, en février 2010, à 76 ans, est reçu, docteur en philosophie, après avoir soutenu la thèse Le Jour de Repos depuis les origines jusqu’au Concile de Nicée en 325, à l’origine du présent ouvrage.

Memogrames - COHEN -le jour de repos - cover soft web.jpgUNE ETUDE EXHAUSTIVE DE LA TRADITION JUDAÏQUE DU SHABBAT …

   Alors que d’aucuns, en quête de profits, contestent désormais le principe du jour de repos hebdomadaire, l’auteur se penche sur les origines juives de ce jour spécifique de la semaine, soit le shabbat, l’un des piliers majeurs de la tradition judaïque, - et sa “christianisation” ultérieure.

   Dans la première partie de son ouvrage, l’auteur survole près de 4.000 ans de la tradition juive, étudiant dans le détail l’instauration du Shabbat, ses lois et la manière dont les Hébreux l’ont respecté. Pour cela, il revisite les quatre premiers commandements et nous documente sur les divers sens du mot "shabbat", puis nous guide au travers de différents thèmes : le shabbat et la santé, le shabbat et la guerre, le shabbat des Juifs éthiopiens, des Samaritains, des Esséniens, des Caraïtes et des Juifs réformés. Il nous détaille également les divers systèmes de datation chez les chrétiens et les juifs, se penche sur l’origine - égyptienne, grecque, romaine, hébraïque ou mésopotamienne – de la semaine et compare les calendriers mésopotamien, hébraïque, samaritain. Enfin, il répertorie et analyse les opinions de différents chercheurs sur la naissance, l’apparition et la pratique du Shabbat. Est-il une création divine comme le veut la Tradition juive ? A-t-il été ramené de Babylone comme un reliquat du shabbatu mésopotamien ?

   Dans la seconde partie de son ouvrage, Daniel Cohen étudie le devenir de ce septième jour, spécifique, de la semaine, proclamé jour de repos et qui, dans la tradition juive, a été respecté par les Hébreux depuis le don de la Manne et de la Torah. Il s’interroge quant au dimanche des chrétiens : glissement du shabbat juif – que Jésus et ses disciples pratiquaient - du septième jour de la semaine vers le premier jour de la semaine suivante ? Par souci de rupture avec la tradition hébraïque ou pour récupérer le jour de repos dominical préexistant des communautés païennes et dédié à la lumière, au Soleil ? Et de mettre en évidence, longuement, le rôle joué par l’apôtre Paul, personnage à l’identité indéfinissable – juif de Tarse aux choix schismatiques ? Prince de la famille du roi Hérode ? Grec rompu à la dialectique rabbinique ? – souvent en butte avec les autres apôtres, et « inventeur » du christianisme, par altération insidieuse du judaïsme à coup de concepts nouveaux absolument étrangers à la tradition hébraïque.    

   Daniel Cohen nous promène ainsi du Nouveau Testament au Concile de Nicée, en passant par le Concile de Jérusalem, étudiant au passage la notion de "Jour du Seigneur", les emprunts au judaïsme, l’attitude des nouveaux pères de l’Eglise, la question de Pâques, etc. Et il conclut in fine : « Que reste-t-il du Shabbat juif des origines ? Apparemment pas grand-chose puisque les églises chrétiennes, dans leur très grande majorité, ont adopté le dimanche comme un jour de service divin. Est-ce que la notion d’inactivité est aussi passée du Shabbat au dimanche ? Nous ne le croyons pas non plus. Peut-être faudrait-il faire appel aux lois laïques votées en France au tout début du XXe siècle pour retrouver la notion de jour chômé légal et obligatoire ? »

    Notons enfin que l’ouvrage est doublement préfacé : d’une part, par le Professeur et Académicien Baudouin Decharneux, de l’Université libre de Bruxelles, d’autre part, par le Grand Rabbin de Bruxelles, Albert Guigui. Tant le scientifique que l’homme de religion se réjouissent du courage, de la détermination et de l’honnêteté intellectuelle de Daniel Cohen dans son approche fouillée de la tradition du Shabbat. Cette étude audacieuse rebat les cartes d’un sujet ancien, mais d’une grande actualité. Se basant essentiellement sur des écrits chrétiens, elle rencontrera la curiosité des juifs et des chrétiens, des croyants et des agnostiques.

INTERVIEW de Daniel COHEN

Quand on a plus de quatre-vingts ans et que son premier livre est édité on peut penser qu’il ne s’agit pas d’un simple livre mais qu’il est le fruit d’une très longue réflexion. Vrai ou faux ?

   Tout à fait vrai car ce livre est le fruit de dizaines d’années de recherches, dans ma tête, ce livre est né lorsque j’avais à peine quinze et qu’un membre de ma famille, juive orthodoxe, a fréquenté pendant quelques mois l’Eglise adventiste du Septième Jour. Après ce court délai, il en est sorti en me disant : « Ces gens n’ont pas de logique ». J’ai retenu ce qu’il m’a dit et, grosso modo, la question m’a taraudé l’esprit depuis ces années-là.

Vous n’avez pas, à quinze ans, commencé à faire des études comparées en théologie ?

   Non, bien sûr. J’étais alors en quatrième secondaire et j’ai passé le Brevet d’Etudes dans le système français cette année-là. Puis, j’ai quitté la famille pour aller, comme interne, à Tunis. Et là, il était seulement question de décrocher les deux parties du Baccalauréat.

Et après ?

   Comme j’ai eu le Bac alors que j’étais normalien, j’ai été automatiquement inscrit à une année de psychologie de l’enfant et après, j’ai reçu ma première nomination comme enseignant dans le secondaire. Mais je n’étais pas satisfait, je voulais être près de Tunis pour pouvoir aller à l’Université. J’ai presque obtenu satisfaction car, l’année suivante, j’ai été nommé à soixante kilomètres de Tunis et je me suis inscrit en droit à la Faculté française de Tunis. Là, comme le ministère a vu que je réussissais en droit, j’ai été nommé en plein centre ville de la capitale. Puis, après quatre années fort difficiles avec trente élèves tous les jours et dix-huit heures de cours par semaine en fac, j’ai dû jongler avec les horaires.

Vous êtes donc juriste de formation ?

   Tout à fait. J’ai alors quitté Tunis pour venir en France afin de tenter un doctorat. Là, toutes les portes étaient fermées, pas moyen de faire un stage d’avocat, je n’étais pas Français, et par manque de moyens, impossible d’entreprendre un doctorat. Je suis donc naturellement entré dans le commerce.

Alors, adieu veau vache cochon…

   Pas du tout, toutes mes lectures, pendant des années, étaient centrées sur le sujet qui, parfois, m’empêchait de dormir. A la pension, j’ai pris deux ou trois années de réflexion puis, en 2002, je suis allé à l’université pour me renseigner. Là,  mes diplômes, tous français, étaient acceptés. J’ai trouvé un directeur de thèse et ma nouvelle vie a commencé. Sinon que, après plus ou moins trois ans, je me suis aperçu que Jésus a accepté le shabbat, l’a pratiqué, mais, qu’après sa mort, un personnage nouveau a pris les rênes du mouvement né de la succession de Jésus. Paul est devenu le centre de mes recherches. Pour moi, il n’était pas juif, ne cite que la Septante en grec et il a tout fait pour détruire les lois juives de la circoncision, du manger licite et du shabbat. Mon deuxième directeur de thèse voyait bien ce que j’écrivais et un jour, je lui ai dit : si tu vois que je déraille, tu as certainement des arguments pour me contrer. Le Professeur Decharneux m’a toujours laissé la bride sur le cou et il m’a soutenu durant les réunions des professeurs du jury de thèse et je l’en remercie.

Quels sont vos projets futurs ?

   Ecrire un livre sur Paul - j’y tiens - et terminer une étude politique sur l’histoire du Golan.

 

UNE SOIREE DE PRESENTATION CHEZ FILIGRANES...

filigranes-logo-hp.pngDaniel COHEN présentera son livre en divers lieux dans les semaines et mois à venir : nous vous en informerons au fur et à mesure via notre agenda. Ce sera déjà le cas le mardi 26 avril, dès 18h.00, à la librairie Filigranes, avenue des Arts, à Bruxelles. Daniel COHEN sera interrogé par Baudouin DECHARNEUX, Professeur à l'ULB et l'un des deux préfaciers de l'ouvrage avec le Grand Rabbin de Bruxelles, Albert GUIGUI. L'auteur dédicacera son livre à l'issue de la présentation.

 

 

Daniel F.COHEN, Le Jour de Repos des Origines au Concile de Nicée en 325, Editions Memogrames, collection Carnets de l'Olympe, 432 pages au format B5.

Edition ordinaire brochée (ISBN 978-2-930698-28-1) : 32 €, Edition de luxée reliée (ISBN 978-2-930698-29-8) : 36 €. A commander auprès de votre libraire en France ou en Belgique dès le 25 février 2016 ou en direct chez Memogrames (uniquement clientèle belge) dès le 15 février.

 

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