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Des Italiens dans nos mines dès 1922 !

fils de houilleur - Mattiato 100 - blog.jpg   On commémore actuellement les 70 ans des accords italo-belges de 1946, à l’origine de l’immigration en Belgique, pour travailler dans les charbonnages, de milliers d’Italiens. Nombre de médias, de moins en moins enclins à un travail sérieux d’investigation, oublient toutefois, à cette occasion, de rappeler que les premiers Italiens venus travailler dans nos mines ont répondu à un appel à main-d’œuvre du gouvernement belge dès 1922.

   Ce fut le cas d’Eugène Mattiato, arrivé au Pays Noir en 1924 pour rejoindre son père et descendre à la mine pour son quatorzième anniversaire. Avide de savoir, le jeune homme suivit diverses formations à l’Université du Travail, en cours du soir, après son travail à la mine. Militant syndical et intellectuel autodidacte, Eugène Mattiato passa progressivement d’une écriture militante, au profit des feuilles syndicales, à une écriture littéraire au service de ses compagnons mineurs. Son roman La Légion du Sous-Sol, paru en 1958, deux ans après le drame du Bois du Cazier, fut primé et connut un vaste succès, mais valut aussi à son auteur d’être licencié de la mine où il travaillait. Toutefois, ses autres romans ne furent jamais publiés de son vivant. Seules la ténacité de sa veuve Marie-Louise Prévost et sa rencontre avec Luc Verton, le fondateur des éditions Memogrames, permirent l’édition posthume de plusieurs romans décrivant le travail de la mine : Fils de Houilleur, La Babel des Ténèbres, Le Baiser à la Morte. Ces ouvrages sont disponibles auprès de l’éditeur, des bonnes librairies (p.e. de stock chez Molière à Charleroi) ou à la boutique du Bois du Cazier, à Marcinelle.

Numériser0022.jpgEugène Mattiato (1910-1991). Italien arrivé à Charleroi en 1924 et descendu à la mine pour ses quatorze ans, il suit les cours du soir afin de s'émanciper. Militant syndical déjà lors de la grève des mineurs en 1932, il rédige alors des articles dans divers périodiques ouvriers. Durant la Seconde Guerre, il entre en résistance et diffuse la presse clandestine. Il se met également à écrire des nouvelles, romans et pièces de théâtre, le plus souvent d’inspiration autobiographique et socialement engagés.

   Son roman, La Légion du Sous-Sol, est primé en 1958 et connaît un immense succès. Mattiato y dénonce les conditions de travail déplorables et les mesures de sécurité insuffisantes des charbonnages belges. Le drame du Bois du Cazier, d’août 1956, est encore dans tous les esprits…

   Pamphlet peu apprécié par les milieux patronaux, son roman lui vaut d'être licencié du charbonnage où il travaillait. La Ligue des Familles le recrute alors comme secrétaire permanent à Charleroi. Il collabore à divers journaux (L’Action, Sole d’Italia, La Lotta sindacale, Le Ligueur, Le Peuple,…), milite dans le mouvement laïque (il est conseiller laïque auprès des hôpitaux civils de Charleroi), donne des cours d'italien et d'allemand au Cercle polyglotte, s’implique dans diverses associations culturelles et siège au Conseil consultatif des Étrangers, où il défend l’idée du droit de vote des étrangers aux élections communales.

   De son vivant, aucun autre roman n'est édité malgré ses démarches auprès de plusieurs éditeurs. Pronostiqué parkinsonien en 1978, il rédige au jour le jour son Journal d’un Parkinsonien. Décédé en 1991, il doit à la ténacité de sa veuve Marie-Louise d'être aujourd'hui publié plus largement. La Légion du Sous-Sol a été rééditée dans la collection Espace Nord, chez Labor en 2005, tandis que les éditions Memogrames ont pris l’initiative de publier quatre romans inédits : Fils de Houilleur (un roman très autobiographique relatant le parcours de Malco, jeune Italien immigré travaillant à la mine au Pays de Charleroi, s’impliquant notamment dans les grèves de 1932), La Babel des Ténèbres (roman où se côtoient au fond d'une mine impitoyable et éprouvante Wallons et Flamands, Allemands anciens prisonniers de guerre, Yougoslaves, Grecs, Baltes et Russes, des Marocains aussi et beaucoup d’Italiens, car l’action se déroule au lendemain de la 2e guerre, quand la main-d’œuvre afflue d’Italie), Le Baiser à la Morte (roman d’amour à connotation sociale, puisque l’héroïne est une hercheuse, victime d’un accident de travail, et son fiancé, un ouvrier cultivé, peu enclin à subir les injustices patronales ) et Les Fils de la Louve, récit burlesque relatant les mésaventures d’un jeune Italien de Belgique, enrôlé dans l’armée de Mussolini, inspiré du vécu du frère cadet d’Eugène Mattiato et écrit dans les années 1970.

   Est également réédité par Memogrames Le Journal d’un Parkinsonien, paru peu après sa mort à l’initiative de la Cellule d’aide aux Parkinsoniens de Charleroi. Une plaquette commémorative, reprenant les interventions de tous les orateurs de la soirée d’hommage organisée en juin 2010 par le Bois du Cazier et Memogrames pour le centenaire de la naissance de Mattiato, est également disponible (au prix de 5 €)

 

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