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Nouveauté dans la collection ARES...

 Début septembre, la collection Arès des éditions Memogrames, dédiée à la mémoire des temps de guerre, s’enrichira d’un nouveau titre, Les Oubliés de la Grande Guerre, soit une enquête menée par Louis Francken, un docteur en physique désormais retraité, au départ de l’expérience de ses deux grands-pères, autour du vécu des 30.000 soldats belges internés en Hollande, pays neutre en 19141918, soucieux de ne pas s’impliquer dans le conflit et de ne pas irriter les autorités teutonnes.

   L’auteur nous fait découvrir une page occultée de notre histoire - Henri Pirenne n’y consacra que deux lignes - : lors de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes en 1914 et la retraite stratégique de l’armée belge sur Anvers, puis en retrait de l’Yser, quelque 30.000 soldats furent contraints de franchir la frontière belgo-hollandaise.

Les Pays-Bas, pays neutre dans le premier conflit mondial, désarmèrent les soldats belges et les internèrent durant quatre ans dans des camps surveillés militairement. C’est dans l’un d’eux que se rencontrèrent les deux grands-pères de l’auteur, ainsi que le peintre et sculpteur brabançon Rik Wouters, qui partagea leur sort jusqu’à sa mort prématurée en 1916.

   La présente enquête, basée sur nombre de témoignages, les archives familiales (photos et lettres inédites) et les écrits émouvants de Rik Wouters et de son épouse Nel, nous offre l’opportunité de découvrir les actions auxquelles participèrent les troupes de forteresse durant les premiers mois du conflit, puis les circonstances de leur internement aux Pays-Bas, les conditions de vie de leurs familles, hébergées dès 1916 dans des villages construits à leur intention et, enfin, leur retour à la vie civile dans l’après-guerre.

   Considérés à leur retour au pays après l’armistice de 1918 comme des planqués, le sort de ces hommes et de leurs familles durant la grande guerre a été dénigré par la presse et par certains responsables politiques. De nos jours encore, leur histoire reste ignorée du grand public. Passant pour une péripétie anecdotique peu glorieuse en comparaison des quatre années d’enfer passées dans les tranchées de l’Yser par le reste de l’armée belge, elle est généralement ignorée dans les évocations historiques de la Grande Guerre.

   Le livre, préfacé par le Docteur Patrick Loodts (auteur de La Grande Guerre des Soignants, Memogrames 2014), est proposé dans un format 22 x 22 cm et compte 162 pages abondamment illustrées de documents pour l’essentiel totalement inédits. Il est proposé au prix de 20,00 € TTC. Il sera disponible dans les boutiques de plusieurs musées militaires, les librairies Militaria ou ayant un rayon consacré aux ouvrages évoquant la Grande Guerre ou sur commande auprès de tout libraire consciencieux. Il pourra aussi être commandé directement chez Memogrames via un simple mail (memogrames@yahoo.fr), un appel téléphonique durant les heures de bureau (067/63.71.10) ou une télécopie (067/63.70.87), moyennant une participation aux frais d’expédition de 3 € pour la Belgique (autres pays : nous interroger à ce propos).  

Cliquez pour lire l'interview de Louis Francken.

  INTERVIEW

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à faire des recherches historiques ?

   Etant chercheur scientifique de profession, j’ai l’esprit curieux et je garde depuis mon départ à la retraite le gout et le besoin de la recherche. Ayant perdu mon statut de chercheur scientifique et les moyens importants que requiert cette activité, j’ai découvert que l’histoire est une discipline qui s’offre comme un objet inépuisable d’étude pour une chercheur fût-il même anciennement scientifique.

Pourquoi prenez-vous votre famille comme point de départ de vos récits ?

   Depuis ce temps j’ai, en effet, éprouvé le besoin de meubler mes loisirs en me penchant sur l’histoire de ma famille. Il n’y a là rien d’original puisque beaucoup de personnes de ma génération, passionnées de généalogie, tentent de retracer leur histoire familiale en cherchant généralement leurs racines dans les grandes profondeurs du passé.

   Mais, dans mon cas, les recherches que j’ai entreprises à partir de mes archives familiales n’avaient pas le même objectif, car je préfère m’en tenir à l’histoire proche, celle qui a marqué les conditions de vie du présent, celle dont l’écho retentit encore dans ma mémoire, celle qui a laissé des traces palpables dans les lieux et les objets qui m’entourent. Celle enfin dont j’ai pu connaître en chair et en os certains des acteurs. Mes ancêtres lointains, ceux qui vécurent avant le19ème siècle ne m’intéressent pas du tout, si tant est qu’ils présentent un quelconque intérêt.

Comment avez vous débuté ?

   Mon premier livre édité en 2011, Le vrai Capitaine Haddock fut le fruit de trois années de recherche dont l’élément déclencheur était un secret de famille révélé par une lettre, envoyée en 1905 à ma famille depuis les Etats-Unis. Une de mes grand-tantes y lançait un tragique appel à l’aide qui semble être resté sans réponse. C’est en déchiffrant cette énigme que j’ai découvert, de manière indirecte, l’existence du vrai capitaine Haddock - Herbert James Haddock - dont j’ai pu retracer toute la prestigieuse carrière de marin. On pourrait dire de lui que c’était, lui aussi, un acteur oublié de la Grande Guerre

Pourquoi avoir pris comme sujet une histoire mineure de la Grande guerre ?

   L’approche du centième anniversaire de la première guerre mondiale et les évocations de plus en plus nombreuses de cet événement m’ont poussé à rechercher quel a été le destin de mes parents et grands- parents avant pendant et après la Grande Guerre. J’ai découvert que beaucoup de témoignages de leur séjour aux Pays-Bas se retrouvent dans la presse de l’époque ainsi que dans les archives de plus en plus nombreuses accessibles sur la « toile ».

Quels sont vos personnages préférés dans ce livre ?

   Je n’ai jamais été passionné par les hit-parades et, en cette matière, je serais incapable de donner une préférence à l’un de mes personnages, car chacun d’eux constitue un sujet intéressant par son caractère et son histoire. Je me suis attaché à faire de chacun de mes aïeux un portrait d’après mes souvenirs personnels en évitant de faire apparaître de manière trop évidente mes sentiments personnels.

   Comme l’a souligné le docteur Loodts dans sa préface, mon grand-père Clément constitue un pilier de mon histoire familiale, et ce n’est pas pour rien qu’il apparaît sur la couverture du livre tel un empereur (en sabots) exilé, entouré de ses disciples, dans un décor de carton et de faux marbre. Ce n’était pourtant pas mon préféré.

   En ce qui concerne les étrangers à ma famille, je dois avouer un vrai coup de cœur pour le couple de Rik et Nel Wouters. Leur histoire d’amour tragique, si riche en informations, apporte un éclairage romanesque et artistique dans ce livre.

Que reste-il de cette période aux Pays-Bas ?

   Après avoir visité un musée et les archives d’Amersfoort, j’ai voulu voir de près les lieux où se sont passés ces événements. Dans le centre de la ville, qui doit avoir gardé son visage d’antan, plusieurs endroits qui ont vu passer les réfugiés belges sont restés inchangés. Par contre, le terrain qu’occupait le village Elisabeth est retourné à la nature, envahi par des arbustes et des broussailles, tandis que l’emplacement du camp d’internement de Zeist a été rasé pour faire place à une piste d’aérodrome militaire. Le vestige le plus apparent reste l’imposant monument que les internés belges ont édifié en 1917 sur une colline située à proximité de la ville.

Quel intérêt votre livre peut-il présenter pour le public ?

   Outre le fait qu’il rappelle ce détail oublié de notre histoire en cette période de commémorations, il permet de montrer comment une nation neutre se comportait, il y a un siècle, vis-à-vis de populations fuyant devant les malheurs et les dévastations d’une guerre féroce. Une comparaison avec la manière dont les pays européens gèrent actuellement le problème des réfugiés devrait donner à réfléchir.

 

 

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