Voltaire

DROIT A LA PARESSE - critique des mythologies du travail

les fainéants de Macron - nyssen.jpg   Avec ses avatars - progrès, compétition, croissance, excellence… - le Travail s’érige en dogme avec maîtres à penser, chefs, adeptes jusqu’au fanatisme, combien hypocrites quand il s’agit de faire travailler pour de l’argent.

   Heureusement, face à la confusion entre contrainte et servitude volontaire, des critiques de ce modèle remettent le travail à sa place : un moyen, une nécessité, à libérer d’urgence pour habiter cette planète. Rendre à la paresse son rôle de conscience et de pilote de notre vie.

 Droit à la paresse

Un siècle de critique des mythologies du travail

Droit à la Paresse - cover page 1.jpg  L’histoire du droit à la paresse selon Lafargue restait, semble-t-il, inexplorée dans nos régions, pourtant riches de personnages paresseux. L’auteur s’y est attelé avec sa formation, sa pratique historique et son vécu. Point de départ après Lafargue : les cent années qui suivent la conquête de la journée des huit heures, avec si peu d’avancées pour libérer notre temps, et notre vie.  Plusieurs grandes crises et deux guerres mondiales figurent au calendrier, guerres pour des marchés d’armes et de matières premières, autrement dit la tuerie d’un grand nombre pour une minorité. Conflits entrecoupés de paix locale si ce n’est sociale, sous pression productiviste et publicitaire assortie de destructions d’emplois impressionnantes.

   La documentation immense de cette recherche aborde rarement la question de la paresse, sinon  de façon indirecte, pour dénier son droit, et la maltraiter. Toujours au nom d’un idéal noble mais abstrait : Travail, Progrès, Patrie, Expansion, Croissance … Les pratiquants et les largués de la réalité du travail émettent un autre point de vue, plutôt rancunier ou désespérant. Les vacances consommées en foule consolent mal de onze mois de courses pour les mériter.  Comme les autres salariés et travailleurs de partout, des écrivains et des artistes critiquent les idéologies et les mythes du travail en créant des œuvres de paresse. En sept périodes successives, un siècle de critique des mythologies du travail exprime une première approche de ce thème d’avenir.

 L’auteur – Michel MAJOROS

Michel Majoros.jpgNé au milieu d’un siècle violent et d’une Europe écartelée, Michel Majoros vit en Belgique, aimant aussi rencontrer le monde. Après des décennies d’enseignement de l’histoire, surtout avec des exclus, il s’adonne depuis quelques années à des recherches documentaires et pratiques sur le devenir du Droit à la paresse, que Lafargue proposa dès 1880.

Données pratiques :

Michel MAJOROS, Droit à la Paresse - Critique des mythologies du travail

Edition brochée, 208 pp., 14 € 

Collection Vulcain - ISBN 978-2-930698-49-6

 

EN GUISE D’INTRODUCTION…

LA PRÉFACE DE Jean COLETTE

Félix_Vallotton,_1899_-_Femme_couchée_dormant.jpg   Qu’est-ce que Le Droit à la paresse ? Un mythe. C’est-à-dire, selon la définition qu’en donne Georges Sorel, un tableau capable de rassembler en un coup d’œil différentes aspirations et ou idées, formant une entité cohérente. « Il faut juger les mythes comme des moyens d’agir sur le présent ; toute discussion sur la manière de les appliquer matériellement sur le cours de l’histoire est dé- pourvue de sens. C’est l’ensemble du mythe qui importe seul » (Georges Sorel, 2006). Comprendre le mythe de cette manière et penser Le Droit à la paresse comme un mythe amènent à une déduction importante concernant ce « droit ». C’est que Le Droit à la paresse n’est pas un moteur de l’histoire au sens déterministe où la lutte des classes est censée en être un selon les marxistes, c’est-à-dire une sorte de force intrinsèque au processus historique. Il est plutôt une image qui entraîne vers un au-delà de la configuration sociale contemporaine, une autre façon d’envisager nos rapports à la production et, surtout, aux autres. Une opposition au motif récurrent des discours politiques et sociaux présentant l’inactivité comme néfaste, parce qu’elle entre en contradiction avec la glissade à l’intérieur du terrier de l’expansion économique menant vers on ne sait trop où, probablement le pays des merveilles capitalistes où l’on peut boire un thé bio et onéreux avec le Chapelier ou manger des gâteaux cancérigènes qui auront tôt fait d’altérer notre physique. Or cette façon d’envisager l’inactivité relève d’une morale technicienne : le moyen devient une fin, c’est-à-dire que l’on valorise (au sens de conférer un statut de valeur, donc d’idéal) ce qui ne devrait être qu’une façon d’atteindre un idéal. Cette confusion est problématique, en ce qu’elle fait penser que parce que l’activité, intimement liée au progrès technique, peut être source d’éventuel bien-être, elle devient un but en soi.

    Le Droit à la paresse, ainsi nommé par Lafargue mais qui, en tant que revendication ou questionnement, existe depuis bien plus longtemps, et qui ne s’est pas arrêté à la mort de son invocateur (comme le montre le présente ouvrage) est donc un mythe. Ce qui signifie qu’il porte en soi de nombreuses possibilités de transformation du monde, mais qu’il n’est pas un programme. De même que le mythe d’Œdipe n’est ni une description ni une prescription concernant la façon dont enfants et parents sont censé-e-s organiser leurs relations interpersonnelles (ce qui ne laisse pas de nous soulager), de même l’intérêt du Droit à la paresse ne réside-t-il pas dans les révélations techniques et logistiques qu’il 9 fournirait sur la façon dont une société paresseuse (socialiste, marxiste, anarchiste ou autre) doit être conçue, organisée. Ce qui compte, c’est l’image globale, l’idée qui se forge dans l’esprit des personnes qui entrent en contact avec ce mythe. C’est en cela que Le Droit à la paresse de Lafargue, à côté d’autres mythes tels que celui de la Grève générale de Sorel ou de celui du Cyborg d’Haraway, représente un outil de compréhension de notre monde, mais surtout un but vers lequel tendre.

    De quel but s’agit-il ? L’idéal proposé par les apologues de la paresse est-il de se vautrer dans l’inactivité, ou de s’oublier en sondant les profondeurs béantes proposées par la grande distribution audiovisuelle ? Sans doute pas, Lafargue est plus proche d’Orwell ou de Spartacus que de Big Brother ou de Néron. S’il défend l’otium, c’est en opposition au panem et circenses. La paresse, habituellement définie comme propension à ne rien faire, ne peut se résumer, en tout cas lorsqu’elle est comprise à travers les différentes formes qu’on pu lui donner Aristote, Sénèque, Woolf, Russell,… à cette seule tendance. Elle est une tendance au non agir en tant que moyen, c’est-à-dire en tant que refus d’un mode d’être qui se résume au travail pour la consommation et à la consommation pour le travail (et l’écoulement de marchandises ineptes). La paresse est également une fin en soi, si on la comprend non comme l’absence d’activité totale (ce qui équivaudrait à la mort) mais à l’absence d’activité aliénante. Elle se confond donc avec la liberté de disposer de son temps afin de flâner, de s’instruire, de rêver, de créer, etc.

   Qu’est-ce que le présent ouvrage ? Une mythologie, c’est-à-dire une compilation et une mise en récit de divers événements et idées dans le but de construire un tout cohérent, un ensemble d’images qui se succèdent, s’enchevêtrent et parlent d’un idéal. Partant du mythe du Droit à la paresse, Michel Majoros offre une mise en perspective de notre époque à travers l’étude de celle qui la précède et donc la constitue, une contribution à la révolte lente et oisive puisant dans l’imaginaire et nourrissant de nouveau réels.

Jehan COLETTE

L’INTERVIEW DE L’AUTEUR PAR SON PRÉFACIER

Jehan et Michel.JPGJehan Collette, enseignant en région parisienne, master en philosophie, et préfacier de ce livre, pose à l’auteur quelques questions plus ou moins impertinentes :

Jehan : - Ecrire un essai tel que celui-ci demande du temps, de l’énergie, de la réflexion et une certaine capacité à écouter son éditeur, ce qui est loin de s’apparenter à de la paresse. En d’autres termes : faites ce que je dis, pas ce que je fais ?

Michel : - J’ai bossé pendant des années, insupportable souvent  pour mes proches et ma  santé. La documentation reliée allonge plusieurs mètres de rayonnage. Synthèse : la paresse n’est pas contre le travail, elle l’invente, elle le dirige.

Le droit à la paresse, ce n’est pas un privilège de classes, c’est la légitimité et la reconnaissance de la paresse de tous, sa démocratisation. Le contraire d’un sacrifice. Le paresseux, l’aï est capable de marcher des kilomètres dans la jungle et de traverser des bras de mer à l’appel de sa dulcinée.

Ici, c’est une recherche de longue haleine, choisie, à la suite d’une question née au long d’une promenade dans un paysage vaste. Le droit à la paresse est tellement évident, pourquoi est-il banni, doit-t-il affronter le dénigrement, la domination de ceux  qui font travailler les autres pour produire n’importe quoi, n’importe comment, épuisant l’homme et la nature ?

Le travail est un moyen, pas un but. Dans l’histoire de l’humanité, l’argent, l’état, sont des épisodes. La paresse est humaine, un droit naturel. D’accord avec Oscar Wilde, pour qui le but de la vie est le développement personne*. Ça ne veut pas dire égoïsme ou égocentrisme, puisque chacun vit et aime parmi les autres, ses égaux. Nous partageons les plaisirs de la vie, parfois même en travaillant ensemble.

Jehan : -  « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » proclame le crédo socialiste (utopistes, communistes, anarchistes, pour une fois, tous ont l’air d’accord). Comment faire avec si tout le monde se sent des besoins fabuleux et estime n’avoir que peu de moyens à mettre en œuvre ? Peut-on combiner la paresse avec un certain niveau de vie matériel ?

Frime (2).jpgMichel : - Même des gens de droite reconnaissent la noblesse de cette utopie. Ce qui est minable, c’est vouloir d’imposer, dominer les autres. Mes besoins fabuleux, d’être exceptionnel comme tout le monde, sont à portée de mon corps, des moyens personnels que je développe dans ce but. Sans contrainte du corps. En général, ce qui crée notre bonheur, ce sont des rencontres imprévues, gratuites. Avoir des millions, à la naissance ou par ton travail ou celui des autres ou à la loterie, c’est dépourvu de signification si tu n’as pas de projet pour autre que consommer, paraître, accumuler …. « Devenez scandaleusement riche », dans un château, entouré de larbins, en tout cas de subalternes, n’est-ce-point dérisoire ? Avant tout, le bien-être du corps, manger, un abri, l’accès à la culture … et se créer du bonheur. Agir ou non avec une éthique, selon le possible : réaliser des objets intéressants et des relations entre gens libres. La beauté, la joie, pas pour la représentation ni la compétition.

Ce n’est pas différent pour ceux  qui dans le monde n’ont même pas le nécessaire, souvent en travaillant comme des esclaves pour des maîtres, exclus de temps à vivre. Une non violence active et efficace : diffuser Lafargue et ses alter ego partout, développer la réflexion et la pratique du Droit à la paresse, The Right to be Lazy, El derecho a la pereza, Право на лень, আলেপন অধিকার, الكسل في لحق ,  Tembellik hakkı, 惰的 etc. !

Jehan : - Après n’avoir pas paressé durant un long moment, que vas-tu faire maintenant que cet ouvrage est écrit ?

Michel : - Pendant tout ce temps j’ai paressé et travailler quand je le voulais, c’est un avantage de la pension, une conquête des travailleurs :  la sécurité sociale. Je continue, avec des projets réalisables et plutôt ludiques, envie de rigoler jusqu’au bout.

Jehan : - Je me suis laissé dire que tu avais de nombreuses activités relationnelles, politiques, intellectuelles, manuelles ? Ça, c’est être paresseux ? Y aurait-il différentes formes de paresse ? Certaines plus intéressantes (socialement et individuellement) que d’autres ?

Michel : - Le droit à la paresse, c’est justement la création de chacun avec sa différence, son invention, son charme. Pas l’identification à une forme et un modèle. C’est anarchiste, libertaire.

Jehan : - Alexandre le Bienheureux peut-il être considéré comme l’archétype du paresseux accompli ?

Michel : - Dans ce film de 1968 ( !), Noiret est adorable et très ingénieux. Tu peux trouver des tas d’archétypes individuels dans la culture mondiale, c’est presque un genre. Au cours de la recherche, j’ai repéré l’œuvre de la paresse dans les domaines  les plus divers, de la zoologie au droit.

Jehan : - Un conseil pour celle, celui qui voudrait apprendre à paresser ?

Michel : - Apprends par toi-même, profite de tous les instants, écoute, croise ton regard, réfléchis, prends le temps, invente, ruse.  Évite les ordres hiérarchiques, les horaires inacceptables. Do It, comme écrit Jerry Rubin. Ou comme chante Antoine : je dis ce que je pense et je vis comme je veux. Nous sommes des êtres responsables.

Jehan : - Prendrais-tu la responsabilité d’affirmer qu’en mettant en œuvre la paresse, on devient forcément plus heureux ?

 Michel : - Marre du dualisme bonheur/malheur, noir/blanc, corps/âme, champions/losers etc. Sans nuire à quiconque, crée du bonheur, seul ou avec d’autres, avec humour et dérision. Bonne sieste !

* The aim of life is self-development. To realise one's nature perfectly-that is what each of us is here for. People are afraid of themselves, nowadays. They have forgotten the highest of all duties, the duty that one owes to one's self.  Dorian Gray’s Picture

 

 

 

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