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PIERRE LE GRAND EN BELGIQUE

Pierre le grand en Belgique - cover biais.jpg   1717… le Tsar Pierre le Grand accomplit son second séjour en Occident. Le tricentenaire de cette impériale visite nous a valu, voici quelques mois, la médiatisation de la visite du Président Vladimir Poutine à Versailles, en compagnie de son homologue français Emmanuel Macron, là où le jeune roi Louis XV avait rencontré l’illustre tsar. Plus modestement, la Belgique a aussi commémoré le 300e anniversaire de la venue de Pierre le Grand dans les Pays-Bas méridionaux : création d’une Fondation Pierre le Grand, inauguration, à l’initiative de ladite fondation, d’une statue de Pierre à Liège, exposition à Spa, où il prit les eaux pendant un mois.

   Les éditions Memogrames ont choisi d’apporter aussi leur contribution à ce jubilé, en publiant la traduction française du livre de l’Anversois Emmanuel Waegemans, professeur émérite à la KUL, slavisant spécialiste des relations entre la Belgique, les Pays-Bas et la Russie et fin connaisseur du dix-huitième siècle, auteur, notamment, de L’histoire de la littérature russe de 1700 à nos jours (ouvrage paru en néerlandais, français, allemand, espagnol et russe).

   Pierre le Grand en Belgique vient de sortir de presse en ce début septembre, dans un format carré de 22,5 x 22,5 cm, décliné dans 2 éditions, l’une ordinaire, brochée, disponible en librairie au prix de 24 €, l’autre, de luxe, en tirage limité, reliée et numérotée, disponible uniquement auprès de l’éditeur au prix de 28 €, notamment à l’occasion des foires et salons auxquels participent les éditions Memogrames. Il est illustré de nombreux documents en couleur. Sa traduction est due à Jean Williquet, traducteur chevronné maîtrisant parfaitement le néerlandais, le russe ou l’allemand, mais aussi le latin ou l’espagnol, y compris face à des textes en vieux-néerlandais ou en vieil allemand. Une particularité du livre réside dans le fait que les témoignages cités sont reproduits dans la langue originelle (néerlandais, russe, …) et traduits en français à la suite. L’ouvrage ravira le lecteur curieux qui souhaite découvrir le périple du tsar Pierre en nos pays, mais sera aussi, vu sa tenue scientifique, un précieux outil pour tous les étudiants en slavistique.

   Signalons que le Professeur Waegemans dédicacera son livre le dimanche 24 septembre dans le cadre du Salon du Livre Penseur à Seneffe, ainsi que le dimanche 4 décembre au Salon Ecrire L’Histoire, au Cercle Gaulois à Bruxelles. Deux soirées sont également prévues à Liège le 31 octobre et à Tournai le 8 novembre. Nous en reparlerons ici prochainement.

Quatrième de couverture…

En 1717, lors de son second périple européen, le Tsar Pierre le Grand parcourut les Pays-Bas méridionaux, soit les territoires qui formeraient la Belgique à partir de 1830. Après avoir visité Anvers, Bruxelles, Bruges et Ostende, l’empereur russe se rendit en France. A l’issue de ce séjour à la cour du jeune Louis XV, à Versailles, il regagna les Pays-Bas méridionaux, visita Namur et Liège et fit un séjour de près d’un mois à Spa, fréquentant tous les jours la source de Géronstère. Dans le présent ouvrage, le slavisant Emmanuel Waegemans reconstruit le séjour de Pierre le Grand en Belgique, un épisode de la vie du plus illustre des tsars qui n’avait encore jamais été étudié à ce jour.

Prof. Emmanuel WAEGEMANS.jpgL’auteur : notice biographique

  Emmanuel Waegemans est né en 1951, à Hamme, en Flandre Orientale, dans un milieu de commerçants. Après l’école secondaire, il opte pour l’étude des langues, notamment les langues slaves (russe et polonais) à la KUL. C’était en pleine Guerre froide et l’intérêt pour la Russie (à l’époque, l’Union Soviétique) et les pays communistes était grand. On avait peur du grand voisin !

   Pendant ses études de l’histoire et de la culture russes, il s’intéresse particulièrement au Siècle des Lumières et aux contacts entre la Russie et l’Occident. Il consacre sa thèse de doctorat aux voyageurs russes des 17e et 18e siècles qui ont visité l’Occident et, à cet effet, mène des recherches à Bonn, Berlin, Moscou et Léningrad. En 1980, il commence à enseigner à l’institut des interprètes et traducteurs (KVH) à Anvers, où il apprend aux étudiants le métier de traduire. En 1993, il devient professeur dans l’institut de slavistique à la KU Leuven.

   Un de ces dadas est le thème des relations entre la Russie et les Pays-Bas (Hollande et Belgique). En 1989, il publie le livre Montagnes Russes. La Russie vécue par des Belges (ensemble, avec Eddy Stols), sur nos compatriotes des 19e et 20e siècles qui ont été fascinés par la Russie (prince de Ligne, le Corps expéditionnaire belge, Emile Vandervelde, les élèves belges à l’école du communisme, Auguste Vermeylen et bien d’autres). En 1991, il publie Le Pays de l’Oiseau Bleu. Les Russes en Belgique, d’abord en néerlandais, puis en traduction russe en 1995.

   En 1986, est parue la première édition de son Histoire de la littérature russe depuis Pierre le Grand jusqu’à nos jours, d’abord en néerlandais, puis en traductions allemande, française, russe et espagnole. Elle a connu depuis lors cinq éditions.

   Le travail des dernières années s’est concrétisé dans deux livres sur le voyage de Pierre le Grand en Occident en 1717, un épisode un peu oublié, en contraste avec son premier voyage (la “Grande Ambassade” aux Pays-Bas de 1697-1698), qui est à la base de la modernisation de la Russie – Pierre le Grand en Belgique et Le tsar dans la république. Le deuxième voyage de Pierre le Grand aux Pays-Bas (1716-1717). L’auteur a travaillé dans les archives belges, hollandaises, françaises, britanniques et bien évidemment russes pour pouvoir reconstruire ce voyage, qui n’a jamais été l’objet d’une étude. Pour ce travail, il n’a pas seulement étudié les archives, mais aussi les journaux de ce temps et les témoignages des hôtes belges qui ont reçu Pierre. Le livre est devenu une histoire culturelle du début du 18e siècle de la Russie et de notre pays. Le livre est illustré richement, parfois par des gravures, dessins, pièces d’archives peu connus ou jamais publiés.

Emmanuel Waegemans est aussi le fondateur de la petite maison d’édition Benerus, spécialisée en livres sur les relations entre la Russie et les Pays-Bas et qui publie des traductions d’œuvres littéraires de grande qualité, mais jamais traduites (l’œuvre de Catherine la Grande, Lettres sur la France de Denis Fonvizine, la poésie de Lermontov, Pouchkine comme poète politique, etc.).

Il a été distingué par trois médailles russes, attribuée respectivement par l’Académie des Sciences, la ville de Pétersbourg et le Président de la Russie.

Bibliographie :

Histoire de la littérature russe de 1700 à nos jours. Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2003, 391 p.

Montagnes Russes. La Russie vécue par des Belges. Ed. EPO, 1989

L'interview du Professeur Waegemans à propos de son livre en édition francophone

Professeur Waegemans, vous travaillez plus en Flandre et aux Pays-Bas, vos langues de travail sont le néerlandais et le russe. En Belgique francophone, on connait surtout l’auteur d’une Histoire de la littérature russe (publiée en France) et d’un livre collectif Montagnes russes. D’où vous vient cet intérêt pour l’histoire de la Russie et pour le 18e siècle ?

J’ai commencé par des travaux purement philologiques, surtout sur la littérature du 18e siècle : l’utopie et l’anti-utopie, la SF. j’ai aussi réalisé pas mal de bibliographies (seul ou avec des collègues hollandais et russes), mais, ces derniers temps, je me suis concentré sur les deux grandes figures du Siècle des Lumières – Pierre le Grand et Catherine la Grande, deux figures impressionnantes dont j’étudie des aspects moins connus ou négligés.

   Je me rappelle, alors que j’étais étudiant à Bonn en 1974, que le professeur d’histoire de la Russie me montra le travail, très connu en Hollande, de Jacobus Scheltema La Russie et les Pays-Bas dans leurs relations mutuelles (4 vol., 1814). Je me demandais alors qui pourrait s’intéresser à cette matière. Trente ans plus tard, le livre de Scheltema a été la première source pour mon ouvrage sur Pierre en Hollande en 1717.

   Par ailleurs, j’avais aussi le sentiment que, parmi les slavisants en Belgique et aux Pays-Bas, le 18e siècle était fortement négligé : on se concentrait sur le 19e siècle, assurément très riche, ou bien sur le 20e siècle, si dramatique dans l’histoire de la Russie.

Mais la visite de Pierre le Grand est déjà bien connue et étudiée. Pourquoi alors ce livre?

   Le fait est qu’on a bien étudié le premier voyage de Pierre aux Pays-Bas, en 1697-1698, la dite Grande Ambassade, qui a fait grande impression chez nous (dans le sens positif et négatif) et qui est devenu une légende en Hollande, où on est toujours fier d’avoir reçu le tsar russe qui a appris toutes sortes de choses à Zaandam et Amsterdam et qui a ensuite modernisé son pays, inspiré par ce qu’il avait vu aux Pays-Bas, à ce moment-là un des pays les plus riches et les plus avancés en Occident, avec l’Angleterre.

   Mais on oublie que Pierre a entrepris un deuxième grand voyage en Occident, pendant lequel il a visité les Pays-Bas, la Belgique et la France. C’est exactement le fait qu’on commémore en cette année 2017, par exemple par l’érection d’une statue à Liège le 23 juin dernier.

   C’était donc bien le moment pour publier le livre sur Pierre en Belgique, exactement 300 ans après les faits. Le fait est que je ne publie jamais de livres ou d’articles sur des problèmes qui ont déjà été étudiés et c’est bien évidemment un Belge qui devait faire ce boulot. C’est en réalité un travail très intensif : j’ai effectué des recherches dans les archives de toutes les villes où Pierre est passé ou qu’il a visitées (Anvers, Bruxelles, Gand, Bruges, Ostende, Namur, Liège, Spa). Mais ce qui est également important, c’est que j’ai consulté les archives russes, parce qu’on trouve des documents non publiés et jamais utilisés dans des études historiques. Ce qui explique l’empressement avec lequel les Russes ont publié la traduction russe de mon livre, qui en est déjà à une deuxième édition, là-bas.

 . N’est-ce pas une énumération prosaïque du parcours de Pierre ?

 ANS.jpg   Bien évidemment, j’ai reconstruit le parcours du tsar – à quel jour a-t-il visité quelle ville, par qui a-t-il été reçu, combien son séjour a couté au trésor, etc. Mais j’ai toujours donné le contexte politique, diplomatique et culturel : qui étaient les gens qui recevaient le tsar, leurs positions envers lui et la Russie, leurs sympathies ou antipathies envers le “prince moscovite”, pas toujours élevé ou distingué.  J’ai cité les reportages dans les journaux occidentaux, pas toujours faciles à consulter : par exemple, la Gazette d’Amsterdam n’est disponible nulle part dans les Pays-Bas et je l’ai retrouvée dans les archives de Saint-Pétersbourg.

   De sorte que le livre est devenu un panorama de la vie intellectuelle, diplomatique et politique du début du 18e siècle. Malheureusement, la presse, en ces temps-là, était assez brève et ne donnait pas de commentaires sur ce qui se passait dans nos régions, ce qui veut dire que, parfois, ils ne donnent qu’une chronique du voyage, mais ceci est aussi très important pour pouvoir reconstruire le parcours du tsar dans notre pays.

   Bien des fois, j’ai dû réfuter les stupidités qu’on trouve dans pas mal de livres sur Pierre, p.ex. l’assertion selon laquelle il a visité la “Belgique” pendant son voyage aux Pays-Bas en 1697-1698. En Flandre Orientale, il existe une légende assez tenace qui dit que Pierre a visité Baasrode (pas loin de Termonde) pendant son séjour à Amsterdam en 1698. La légende s’est perpétuée jusqu’au 20e siècle. Ensemble, avec mon collègue franco-russe Dmitri Gouzévitch, nous avons publié cette histoire fascinante, Pierre le Grand à Baasrode. Histoire d’une légende, en néerlandais et en russe. J’ai dû démentir aussi maintes affirmations sur Pierre, inventées de toutes pièces. Tout cela veut dire que, dans mon livre, il n’y a pas de fantaisie, rien n’est inventé, tout est justifié par des sources. Si j’avais écrit un roman historique, j’aurais pu inventer toutes sortes de choses, d’épisodes rocambolesques, pour lesquels on n’a pas d’archives ou de témoignages.

 Est-ce que vous êtes content du résultat ?

    J’ai rassemblé tout ce que j’ai pu trouver en néerlandais, en français, en allemand et en russe, j’ai lu tous les journaux de l’époque, j’ai étudié toutes les archives de Belgique, de  France, d’Angleterre, des Pays-Bas et de Russie. La probabilité est mince que j’ai manqué quelque chose.

   J’ai également consulté tous les travaux dans toutes les langues occidentales et en russe qui ont traité de l’histoire de Pierre, et, finalement, j’ai lu les documents (mémoires, etc.) des témoins oculaires. Le tout ensemble donne une image assez complète de qui était Pierre “le Grand” et ce qui signifia son séjour dans notre pays.

   Le fait que ce travail n’a jamais été mené précédemment a deux causes : tout d’abord, on oublie un peu que Pierre n’a pas seulement visité les Pays-Bas (pour la deuxième fois) et la France (pour la première fois, après la mort de Louis XIV), mais, qu’entre ces deux pays, existe la Belgique, plus précisément les Pays-Bas autrichiens, par où Pierre est passé. Par ailleurs, un historien russe n’aurait jamais pu réaliser ce travail, parce qu’il faut travailler dans toutes les archives belges et il faut donc maitriser le néerlandais et le français, ce qui n’est pas souvent le cas chez mes collègues russes.

    Je trouvais dès lors que c’était mon devoir. Je l’ai accompli et je suis content et fier du résultat. Je suis très reconnaissant, aussi, envers les éditions Memogrames et leur directeur, Luc Verton,  qui, en cette année 2017, tricentenaire de la visite de Pierre dans notre pays, a accepté de publier ce livre. Très reconnaissant également envers le traducteur, Jean Williquet, qui a réalisé un travail remarquable, traduisant notamment des textes en néerlandais et russe archaïques, souvent difficiles à comprendre, dans un français intelligible et lisible.

 

 

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