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SOUS LE SOLEIL D'APAMEE... un roman antique dédié à l'Empereur Gallien

Christian DOUE, Sous le Soleil d'Apamée.jpg   L'empereur Gallien est un des empereurs les plus controversés de l'histoire romaine. Inconnu ou presque du grand public, qui lui préfère les empereurs sanguinaires tels que Néron, Caligula ou Caracalla, emblématiques tels que César ou Auguste, philosophes tels que Marc Aurèle ou Julien l'apostat. Gallien, de surcroît, est largement condamné par l'Histoire Auguste (textes latins écrits après sa mort),  alors que les historiens grecs ont plutôt tendance à l'encenser. Malheureusement, les historiens français jusqu'au 19e siècle se référeront davantage à l'Histoire Auguste et laisseront de cet empereur une image terrible (décadent, lâche, débauché, incompétent ...). Heureusement, au 20e siècle, Léon Homo lui rendra grâce en réhabilitant son œuvre.

   Christian Doué, historien de formation ayant fait carrière dans le milieu bancaire, est un numismate averti, spécialiste des monnaies antiques. Il est le président du Cercle Numismatique Dainvillois. Parmi les empereurs romains dont il collectionne les monnaies, Gallien, qui a régné à Rome de 253 à 268 de notre ère, a retenu son attention et acquis sa sympathie… Par ailleurs, passionné de théâtre, Christian Doué appartenu à la Compagnie théâtrale Harmines, troupe d’amateurs pour laquelle il a écrit plusieurs pièces, tant en français qu’en langue picarde, jusqu’en 1995.

   Dès lors, le dramaturge relève le défi de relater, par le biais d’un roman, la vie de ce César trop souvent inconnu du grand public.

LE LIVRE : Quelques années après la mort de l’empereur Gallien, un de ses proches, Amelius d’Apamée, disciple de Plotin, entreprend de conter, à ses élèves, la vie trépidante et malheureuse de son protecteur, à une époque où la Rome éternelle est en proie aux dangers les plus divers. Les barbares menacent les frontières du nord de l'empire et des Balkans et les Perses fondent sur le Moyen-Orient romain. Mais le péril le plus grand se trouve dans l’environnement immédiat de César. Ses propres généraux, issus du rang, nommés par lui, n’auront de cesse de le critiquer et, pour certains d’entre eux, de se soulever contre son autorité.

   Amelius, qui s’est réfugié à Apamée sur l’Oronte, en Syrie romaine où il a ouvert une école de philosophie, est là, face à ses disciples et élèves. L’existence dramatique de Gallien est une opportunité pour leur dispenser quelques règles de vie et rétablir une vérité vacillante, salie par les dénigrements les plus fous.

   Nous sommes à la fin du IIIe siècle. L’anarchie militaire a placé, au sommet du pouvoir, un Dalmate intelligent et impitoyable. Il s’appelle Dioclès. L’histoire le connaît mieux sous le nom de Dioclétien. Les cités syriennes sont riches. Le commerce est florissant. Mais la guerre est, une fois encore, aux portes de l’Empire.

   Promenons-nous, si vous le voulez bien, avec Amelius, dans cet Orient en proie aux doutes, à la crainte, aux peurs. Quittons la domus pour rejoindre le forum. Passons devant les échoppes aux odeurs enivrantes. Visitons les temples aux statues multicolores. Entrons dans les termes, écoutons les cris joyeux qui émanent de la palestre, rendons-nous chez le coiffeur et rentrons au logis pour profiter, le jour tombant, de la douceur du péristyle.

   Et laissons-nous bercer par la parole d’Amelius...

C.Doué photo 002.jpgChristian Doué, votre livre nous plonge dans un lointain passé, le IIIe siècle de notre ère pour être plus précis. Avec vous, Nous découvrons des personnages qui ne sont pas connus du grand public. Des personnages au destin hors norme au point de se demander s’ils sont réels. Qu’en est-il ?

Christian Doué : N’ayez aucun doute là-dessus, l’empereur Gallien a bel et bien vécu et régné sur l’Empire romain de 253 à 268 après JC. Quant à Amélius d’Apamée l’affaire se corse, si vous me permettez cette trivialité. C’est un philosophe, né en Etrurie, qui a vécu avec le philosophe Plotin, à la cour de l’impératrice Salonine et de Gallien et qui s’est retiré en Syrie, après l’assassinat de l’empereur, à Apamée sur l’Oronte, une belle et riche cité du Moyen-Orient. En dehors de ces trois éléments, on ne sait rien de lui.

Ce que vous nous racontez est donc pure invention de votre part ?

C.D. : Ce roman est une fiction greffée sur des faits historiques avérés. J’avais besoin , pour relater la vie particulièrement remarquable de Gallien, d’un personnage l’ayant réellement connu mais que je pouvais façonner à ma guise, en imaginer l’existence, le faire évoluer dans des lieux intéressants, lui donner des sentiments. Amélius était le candidat idéal. Tous les autres personnages, non historiques, sont fictifs, bien entendu.

Amélius, c’est vous ?

C.D. : Il y a sans doute un peu de moi dans ce personnage. Comme dans d’autres très certainement. Je ne me suis pas posé la question.

Revenons à Gallien. Pourquoi avoir choisi cet empereur ? Il en est d’autres, plus prestigieux, qui « parlent » davantage au public. Pourquoi lui ?

C.D. : C’est toute une histoire. D’abord un intérêt, très tôt, pour l’antiquité. Je remercie encore mes professeurs qui, à la fin de la 3e, au collège, nous ont emmené voir l’exposition Toutankhamon, au Petit Palais, à Paris. C’était en 1967. J’en suis sorti ébloui.  Ensuite, une passion pour les monnaies. A la mort de mon grand-père on me donne une boîte en fer blanc contenant de nombreuses monnaies d’époques diverses. Elles ont commencé à me faire rêver. Et puis, en 1970,une petite monnaie trouvée chez un antiquaire. C’est une monnaie romaine en cuivre. Ma première monnaie antique. Il est inscrit en légende GALLIENVS AVG. J’ai commencé à chercher qui était ce césar dont je n’avais jamais entendu parler.

C’était il y a plus de 50 ans !

C.D. : Comme vous me le faites gentiment remarquer, le temps passe. Les livres à l’époque ne me permettaient pas d’avoir une vision claire de son règne. Les sources, latines pour la plupart, nous présentaient le personnage sous un jour peu reluisant : lâche, débauché, incompétent. Les empereurs du IIIe siècle, à partir de 235, ont tous des règnes courts, de quelques jours à quelques années, deux, trois pour certains, 7 pour Gordien le Pieux. Paradoxe, Gallien règne 15 ans ! Voilà de quoi attiser ma curiosité. Comment un empereur doté de si peu de qualités a pu rester 15 ans à la tête de l’Empire ?

Et cela a été suffisant pour vous lancer dans cette aventure littéraire ?

C.D. : Pas du tout. Il a fallu un concours de circonstances. D’abord l’écriture ne m’est pas étrangère. J’ai, pendant plusieurs années, écrit des pièces de théâtre, en langue picarde, le ch’ti comme on dit aujourd’hui. Inventer et raconter des histoires m’a amusé et j’en ai retrouvé le plaisir depuis quelques temps. Ma passion pour la numismatique romaine a été un autre facteur déclencheur. Un jour, je montrais à mon fils cadet, des monnaies de Gallien acquises le jour même dans un salon. Intarissable sur le sujet, je ne me rendis compte de son peu d’intérêt qu’au moment où, pour couper court, il me dit : « Mais pourquoi tu ne l’écris pas, sa vie, à Gallien ? » Mon dieu qu’en termes sympathiques ces choses-là étaient dites. Je me suis : Pourquoi pas ?

Dans vos pages, on se rend compte que le travail de préparation a dû être important.

C.D. : Internet facilite les recherches. Néanmoins, il est vrai, que j’ai dû faire des recoupements entre les différentes sources, critiquer certaines affirmations, m’interroger sur le quotidien de l’époque, etc. Par chance, la matière ne manque pas.

Ce n’était pas trop fastidieux ?

C.D. : Certainement pas ! Je me suis beaucoup amusé à inventer la vie d’Amélius et de ses disciples, à imaginer les situations, les sentiments, les sensations, les odeurs. Je me suis passionné à vivre aux côtés de Gallien. Et le travail de recherche fut très enrichissant. Oui, je me suis beaucoup amusé.

On s’en rend compte, en effet. Vous nous faites découvrir ce Moyen Orient trépidant, bouillonnant. On se promène avec votre héros, dans les rues qu’on imagine chaudes, longeant les célèbres colonnes torsadées de la cité. On souffre aussi des malheurs de Gallien. Parce qu’il n’est pas chanceux ce césar.

C.D. : C’est le moins que l’on puisse dire. Et la postérité ne lui a pas fait de cadeaux. Malgré le travail remarquable des historiens depuis Léon Homo, qui est un des premiers  à le réhabiliter, son image reste salie par les textes, mille fois étudiés, de L’Histoire Auguste écrit au IVe siècle. Récemment encore, je lisais un ouvrage, édité en 2016, où l’auteur se contente de reprendre les critiques dégradantes, de ces auteurs latins. C’est une des raisons pour laquelle, sous une forme romancée, j’ai voulu dresser de lui un portrait plus en phase avec ce que les faits nous disent.

On dit pourtant qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Il a été calomnié, selon vous ?

C.D. : Assurément et avec Beaumarchais j’ajouterai : « La calomnie ! Monsieur, vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés » C’est peut être un peu prétentieux de ma part mais je souhaitais le peindre sous un autre jour, courageux, administrateur et cultivé.

 Nous le rendre sympathique en somme. Grâce à votre style et vos arguments, c’est chose faite. Mais d’autres personnages gravitent autour d’Amélius. Notamment les chrétiens. Vous n’êtes pas très tendre avec eux.

C.D. : Certains chrétiens, en Orient, ont conspiré contre Rome. Au point de s’allier avec le roi Perse. On peut trouver là un des prétextes, pour Dioclétien, de lancer la dernière grande persécution à leur encontre. Il est d’ailleurs curieux de voir que ce sont des auteurs dont on peut penser qu’ils étaient eux-mêmes proches des chrétiens, qui rédigent, sous Constantin le Grand probablement,  la biographie de Gallien. C’est celle qu’on trouve dans  l’Histoire Auguste.

Il est vrai qu’à la lecture de votre livre, on comprend mieux leurs motivations. N’anticipons pas et laissons le lecteur les découvrir et s’aventurer, avec vos héros, dans ce troisième siècle romain réellement très captivant. Pour terminer l’entretien, qu’aimeriez-vous ajouter ?

C.D. : Qu’il n’est nullement rétrograde de s’intéresser à l’histoire. Les faits passés nous permettent de comprendre le présent et d’anticiper l’avenir dans le sens où ils nous montrent les erreurs à ne pas commettre face à des événements identiques. Observer notre quotidien : des réfugiées poussés par la faim ou la peur, des guerres, la montée des extrémismes, l’exploitation des plus pauvres par les plus riches, etc. Les mêmes causes produisent les mêmes effets bien que l’histoire soit différente. Je crains toutefois que les leçons du passé ne soient pas comprises.

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