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Nouveau roman : SIGNE ZARCO !

 ZARCO - cover 4th page - writer Jean Lemaître .jpg  Né en 1954 et désormais à la retraite, Jean Lemaître enchaîne livre sur livre, comptabilisant, entre 2012 et 2018, une biographie, deux essais à connotation politique (dont un traduit en portugais) et trois romans. Avant d‘être un pensionné hyperactif, il fut tour à tour reporter social, responsable associatif, éditeur, consultant européen, journaliste international, enseignant… Il vit principalement à Bruxelles, mais, grâce à son épouse Maria, le Portugal est sa seconde patrie.

   Jean Lemaître se définit comme citoyen du monde. Dans ses livres - essais, biographies ou romans - il aime aborder les questions d’engagement et de liberté, en conjuguant le passé au présent.

   En 2015, il s’est rapproché des éditions Memogrames, dont il connaît le directeur de longue date – ou plutôt de longues luttes – et y a publié un essai politique en 2015, Louis Van Geyt, la Passion du Trait d’Union, puis un roman en 2017, Le Jour où tout bascula, évocation de la résistance à l’occupant nazi au sein de l’école Decroly. Il prépare pour le même éditeur une édition commentée de Buchenwald, le témoignage de son grand-père, militant antifasciste rescapé des camps de concentration nazis. Un ouvrage à paraître en 2019 selon toute vraisemblance.

   Pour l’instant, il nous propose un roman à connotation historique, qui développe de manière originale, la thèse d’un Christophe Colomb portugais plutôt que Génois. L’ouvrage (200 pages au format B5, 21 €) parait en français début mars 2018 sous le titre Signé Zarco ! Le Christophe Colomb portugais. Il sortira de presse fin mai en portugais chez l’éditeur Colibri, lequel avait publié en 2014 la traduction portugaise de Grândola Vila Morena, le roman d’une chanson sous le titre A Cançao da Liberdade.

 statue Colomb Cuba 3.jpeg   Cuba, une bourgade du Bas Alentejo, au bout de l’Europe. Ici, une légende circule, selon laquelle Christophe Colomb serait né en cette terre brûlée par le soleil. Le francophone Max, tout juste retraité de l’enseignement, décide de s’y établir, le temps  de mener l’enquête à sa manière, iconoclaste. Il est convaincu que, si la vérité existe, elle se trouvera à hauteur d’hommes, dans les tavernes, entre vins, chansons et fresques des églises locales.

   Mais voilà que Max, à partir d’un défi  sous forme de plaisanterie, se prend au jeu. Il revisite les archives sous des angles inédits. Il arpente chaque village de la région de Cuba, à la recherche d’indices et de preuves. En filigrane, il rend un hommage à  l’Alentejo : à son peuple si fraternel, à la région riche de ses traditions et de ses trésors culturels.

   De fil en aiguille, l’ancien professeur fait apparaître une toute autre histoire que celle débitée,  sans recul critique, dans les manuels scolaires de tous pays. Depuis des siècles, nous aurait-on menti sur la véritable nationalité, nature et origine de Christophe Colomb ?  

SIGNE ZARCO ! sera disponible chez les libraires belges à partir du 10 mars et en France dès le 15 mars 2018. Prix de vente : 21 € - ISBN 978-2-930698-54-0 

    Nous avons rencontré Jean Lemaître et l’avons interviewé à propos de son Signé Zarco !

INTERVIEW...

jean lemaître 02.jpgDans vos derniers livres - « C’est un Joli nom camarade » ou « Le jour où tout bascula » - des succès de librairies, votre cadre était la résistance en Belgique, et la manière dont on peut, dont on doit, concilier engagement et esprit critique. Ici, avec votre nouveau roman, vous opérez un virage à 180 degrés. Vous démontez, ni plus ni moins, le mythe « Christophe Colomb ». Vaste question. Et vous faites voyager les lecteurs très loin dans le temps, et dans l’espace, là tout au bout de l’Europe, dans l’Alentejo, au sud du Portugal. Pourquoi ce changement radical de cap ?

J’aime relever des défis. Et je n’aime pas m’enfermer dans un genre. Un écrivain reste apprenti toute sa vie, il apprend en marchant, en écrivant. Vous avez raison : avec « Signé  Zarco », j’ai mis un plus grand braquet, comme on dit en langage cycliste, en m’attaquant à la légende, répétée d’année en année, d’un soi-disant Colomb italien, en révélant aussi un tout autre portrait que celui servi dans les manuels scolaires : celui d’un « génial navigateur ». Colomb, en réalité, était un sale type, ayant fait ses premières armes de marin en pratiquant l’esclavagisme. Ce fut un colon, cynique, cruel. Un mercenaire sans foi ni loi, s’offrant aux puissants de ce monde du 15ème siècle, pourvu que ces derniers le rétribuent en or massif.

Avec ce nouveau roman, l’angle d’attaque, certes est plus large. Mais ma façon de raconter et mon style n’ont guère varié. Comme ancien journaliste, j’adore mener des enquêtes serrées. Dans ce livre, comme dans les précédents, les faits rapportés sont véridiques, soigneusement vérifiés. Le genre romancé tient à la structure, au suspense qui est créé dans le récit, à ma manie de mélanger la petite et la grande histoire ainsi que d’alterner le passé et le présent.

Dans ce dernier roman, je fais intervenir un narrateur, Max, un libertaire aux méthodes d’investigation iconoclastes. Il a arpenté la campagne de l’Alentejo, au plus près du terrain. Il a interrogé les archives sous des tours inédits, adepte de la méthode « hégélienne » : faire émerger la réalité, en reliant, de manière dialectique, les aspects sociaux, économiques, culturels, psychologiques ; alors que les historiens classiques – en tout cas, concernant Colomb – ont des visions souvent cloisonnées,  quand ils ne tentent pas de « tordre le bras » à l’histoire, à des fins de récupération nationaliste, en ne retenant que ce qui conforte une thèse préétablie.

Cuba_Colombus_52-235x293.jpgMax, lui, expose, en toute transparence, sa méthodologie d’enquête : à chacun de s’approprier ou non ses raisonnements. En filigrane, SIGNE ZARCO se veut une réflexion - épousant la forme d’un polar historique - sur les dangers d’oublier l’esprit critique. Max, l’enquêteur, ne se prétend pas neutre. Il déteste  le capitalisme à la sauce néolibérale. En revanche, il adore les gens, surtout quand ils ont l’âme rebelle, et il déteste l’autoritarisme et la bureaucratie.

La découverte des Caraïbes, suivie de l’exploitation des richesses locales et du génocide des Indiens, fut la première expérience coloniale à grande échelle, en cette fin du 15e siècle. Quand on voit le chant de ruines que sont devenus aujourd’hui la Libye, la Syrie ou l’Irak,  qu’y a-t-il de fondamentalement changé, en six siècles, sinon la puissance des moyens de destruction mis en œuvre ?

Fort bien. Mais cela ne nous dit toujours pas  sur quoi vous vous appuyez, pardon les faits sur lesquels Max s’appuie, pour établir que Colomb fut portugais, et non italien. C’est un sérieux coup de pied dans la fourmilière ! Pendant des siècles, donc, on nous aurait menti  sur l’origine de Colomb. Max ne manque pas de toupet!

En effet, il a de l’audace et il en faut. Ne comptez pas sur moi pour vous révéler, maintenant, l’épilogue, et vous livrer chaque étape de ce reportage au long cours. Max y a consacré plus d’un an de recherches. Gardons intact le suspense. Les lecteurs découvriront les choses par eux-mêmes, et ils jugeront sur pièces ! Disons simplement que l’enquête, démarrée à Cuba, petite bourgade du bas Alentejo brulée par le soleil, se poursuivra du côté de Lisbonne et de Madère…

Pourquoi ce  titre « Signé Zarco ». Qui est cet énigmatique Zarco qui fait penser à Zorro ? Quels liens avec le Colomb… portugais, selon Max ?

Une fois de plus, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir dévoré. Mais bon, vous insistez ! Zarco était un noble d’origine juive, lié de près à la couronne portugaise, établi dans l’Alentejo avant de prendre le large du côté de Madère. Il pourrait bien être la clé qui nous mène à Christophe Colomb.

Vous citez la ville de Cuba, dans l’Alentejo, par laquelle Max a démarré ses recherches. Pourquoi Cuba ?  

Parce que Max, alors en vacances dans cette région, avait découvert par inadvertance à Cuba, qu’il ne connaissait pas, une statue de bronze représentant l’amiral et affirmant : « ici est né Christophe Colomb ». Est-ce car Colomb, le découvreur de Cuba aux Caraïbes, serait né par ici ? Max pense qu’il s’agit d’une blague. Puis il prend le jeu au sérieux, et décide de revenir sur place dès que possible pour séparer le vrai du faux. Dans la vaste municipalité rurale de Cuba, il va alors quadriller chaque kilomètre carré, en quête d’indices ou de signes de Colomb.

cubaalentejo1996.jpgSur son chemin buissonnier, il s’arrête dans les tavernes pour y étancher sa soif, il en a l’habitude, ce joyeux drille. Il inspecte la dizaine de très anciennes églises locales – là, il est moins coutumier du fait, cet indécrottable mécréant – et il tombe en pâmoison devant les magnifiques fresques garnissant ces lieux saints, issues de la nuit des temps. Il se laisse bercer par le chant choral typique de l’Alentejo, une autre merveille. Si bien que les notes de reportage  de Max pourraient très bien servir de guide aux touristes qui aimeraient connaître cette région d’Europe, une terre magique, ouverte aux vents de l’histoire, peuplée de gens fraternels, dotés d’un étonnant esprit de résistance. Et voilà que ce long périple sur les traces de Colomb nous ramène au point de départ, à l’essentiel, la seule richesse qui vaille: l’humanité !  

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