Voltaire

isabelle loodts

  • Nouveau dans la collection Arès

    La Grande Guerre des Soignants

    Médecins, Infirmières et Brancardiers en 1914-1918

    Le livre du Docteur Patrick Loodts et d'Isabelle Masson-Loodts est disponible en librairie ou en direct. Votre libraire peut vous le commander via Memogrames en Belgique et Soleils diffusion en France. Pour un achat futé en direct auprès de l'éditeur, adressez-nous un mail afin de nous réclamer notre offre promotionnelle sur l'ensemble de notre collection Arès. Nous vous enverrons un document au format PDF reprenant nos offres et les instructions pour votre commande à prix promo...

     grandeguerre pour webAvec plus de 9 millions de morts et de 23 millions de blessés, la « Grande Guerre » restera dans l’Histoire comme un de ses événements les plus meurtriers. Si le premier conflit mondial se termina en 1918 sur un bilan humain désastreux, c’est qu’à la violence des combats s’ajouta l’usage de nouvelles armes : les gaz et obus furent à l’origine de nombreux morts mais aussi de graves séquelles physiques et de profonds traumatismes psychologiques…

       Au début de la guerre, les services de santé de l’armée belge se révélèrent insuffisamment préparés à l’afflux des blessés provoqué par cette guerre que l’on comparera volontiers à une boucherie. Pour venir en aide aux gazés, gueules cassées, et autres traumatisés de guerre, des hommes et des femmes retroussèrent leurs manches : des instituteurs deviendront brancardiers, des épouses et des mères se feront infirmières, des curés et des sœurs ne se contentèrent plus de prier pour les hommes mais travailleront à soigner leurs corps mutilés…

       La Médecine connut durant cette période de nombreux progrès, tant techniques que dans l’organisation des services de santé sur le front ou dans la formation des infirmières.  Les femmes, en particulier, jouèrent un rôle capital dans cette évolution, et gagnèrent par là même les premiers pas d’une autonomie et d’une liberté qui ne cessera plus de grandir ensuite.  Les noms de l’infirmière Edith Cavell ou d’Elisabeth de Belgique, la Reine Infirmière, s’inscri-vent en bonne place dans la mémoire collective, auprès de ceux du Docteur Depage, fondateur de l’Hôpital de l’Océan, ou du Britannique Docteur Chavasse, dont le courage fut récompensé d’une double Victoria Cross… D’autres noms, nombreux, ont sombré dans l’oubli : le propos de cet ouvrage est de les remettre en lumière. Au travers de cette recherche sur les médecins, infirmiers et brancardiers de la première guerre mondiale, la petite histoire, celle des hommes et des femmes, de leurs familles, de leurs amours, de leurs idéaux et souffrances, rejoint la grande Histoire, celle de l’Humanité, de ses folies, violences et vicissitudes, mais aussi de son courage et de son formidable potentiel à se mobiliser pour soigner et apaiser les souffrances.

    L’INTERVIEW DES AUTEURS

    Comment vous est venue l'idée de faire des recherches sur le monde médical durant la Grande Guerre ?

    Patrick Loodts :  Il y a une quinzaine d’années, j’ai découvert le carnet de campagne de René Glatigny, grand oncle de mon épouse. Ce document était accompagné de la copie de toutes les lettres qu'il avait envoyées à sa marraine de guerre, une jeune française, institutrice comme lui. Décédé le 23 septembre 1918, lors de l'offensive finale alliée, ce jeune instituteur laissait ainsi à la postérité un émouvant témoignage de son quotidien de caporal brancardier devenu sergent aspirant officier durant la guerre de 1914-1918. Ces écrits m'ont interpellé depuis de nombreuses années : pourquoi et comment notre société occidentale accepta-t-elle un véritable holocauste, le sacrifice de toute sa jeunesse ? Je n'ai pas de réponse à cette grande interrogation et je crois qu'il est impossible d'en trouver une qui soit complète, exacte et définitive simplement parce qu’il nous est impossible d’appréhender totalement la mentalité d'une époque bien révolue. Une chose est cependant certaine, indiscutable et demeurera éternellement une vérité : cette guerre fut une véritable folie qui imposa aux jeunes Européens un univers dantesque. Pour la première fois de façon si intense et si longue, la société a détourné les convictions religieuses de ses membres, l'attachement légitime des hommes à leur terroir au profil d'une œuvre destructrice et barbare. Si Freud est le père de la psychanalyse pour les individus, la psychanalyse des collectivités attend encore toujours ses premiers théoriciens. En attendant leurs venues, il est nécessaire de ne pas oublier les travers qu'à connu notre civilisation.

    Est-ce une période importante pour l'évolution des soins médicaux ?

    Patrick Loodts : C’est autour de cette période qu’est née la médecine moderne : la guerre permit des avancées technologiques dans les soins, particulièrement dans la lutte contre les microbes et la revalidations des grands mutilés.

    Isabelle Masson-Loodts : C’est notamment durant la Grande Guerre que l’on s’est rendu compte qu’il fallait injecter préventivement le sérum anti-tétanos aux soldats blessés, même lorsque leurs plaies semblaient réduites et de bon pronostic. En Belgique, on sait que si le tétanos n’a pas disparu au fil de la guerre, la mortalité qu’il engendrait a pu être fortement réduite : le docteur Mélis fait état de 54 décès en 1914 contre 13 en 1915, 3 en 1916, 4 en 1917 et 12 en 1918… Ces observations ont sans doute participé à la mise au point d’une prévention efficace et généralisée de la population, ce qui sera le cas à partir de 1927 et de l’invention du vaccin antitétanique par Gaston Ramon. On a aussi, durant cette période, entrepris de nombreux progrès sur le plan de l’hygiène, en se rendant compte que celle-ci était un facteur de prévention de nombreux maux tels que la tuberculose, le typhus exanthématique, la gale. Certains chercheurs, comme le Français Alexis Carrel et l’Anglais Henry Drysdale Dakin, ou encore comme le célèbre Alexander Fleming, permirent de grandes avancées concernant la chirurgie de guerre et particulièrement le traitement antiseptique des plaies. C’est aussi durant cette période que la radiologie acquit ses lettres de noblesse : Marie Curie elle-même se rendit à l’hôpital de Poperinge avec sa voiture radiologique. La guerre de 1914-1918 fut incontestablement le terrain d’expérimentations médicales au sens noble du terme : il ne s’agissait pas pour les médecins d’essais gratuits. Ces derniers ont pris très au sérieux leur mission de sauver des vies et d’alléger les souffrances. On peut le constater dans le domaine de la chirurgie reconstructrice comme des soins psychiatriques, deux domaines dans lesquels les scientifiques, confrontés à des traumatismes dont l’ampleur était inédite, progressèrent, certes lentement à tâtons, dans leur prise en charge.

    Quelle place jouera la Belgique dans cette évolution ?

    Isabelle Masson-Loodts : La Belgique de l’époque comptera plus d’une personnalité dont le nom restera inscrit dans l’Histoire de la Médecine. S’il ne fallait en citer qu’une (mais elles sont bien plus nombreuses à être reprises dans notre livre), ce serait celle du docteur Antoine Depage, chirurgien bruxellois qui sera le créateur et directeur de l’Hôpital de l’Océan, à L a Panne : cette structure médicale montée de toutes pièces et dans l’urgence, avec le soutien de son épouse et de la Reine-Infirmière Elisabeth, fut reconnue internationalement dès cette époque comme un lieu d’avant-garde de la recherche médicale ! Le Docteur Depage participa activement à la professionnalisation des infirmières : c’est lui-même qui fit appel à Edith Cavell pour diriger son école d’infirmières, la première école laïque du genre en Belgique. On pourrait aussi parler du docteur Maurice Duwez, en tant qu’auteur d’un témoignage exceptionnel de son vécu de médecin de bataillon, au cœur des tranchées. Son livre « Jusqu’à l’Yser », publié sous le nom de Max Deauville, reste un ouvrage de référence.

    - Quels seront les grands changements que ces professions vont connaître au cours de cette période ?

    Isabelle Masson-Loodts : -Au début de la guerre, certaines professions médicales comme celle de brancardier ne jouissent d’aucun véritable statut ni de formation… encore moins d’une véritable considération. Au fil de la guerre, les brancardiers vont acquérir de la reconnaissance au fil des actes de bravoure qu’ils commettront. On s’apercevra de l’utilité de leur présence sur le front pour stabiliser les blessés avant de les envoyer vers l’arrière pour être opérés. On assiste à la naissance d’un véritable métier. Il en va de même pour les infirmières : ce métier, en se professionnalisant et se développant, fut en outre un accélérateur de l’émancipation des femmes.

    - Quelles personnalités en particulier vous ont touchés ?

    Isabelle Masson-Loodts : - J’ai particulièrement été émue par deux témoignages : celui de Jeanne de Launoy, infirmière à l’Hôpital de l’Océan aux côtés du célèbre docteur Depage. C’est une personnalité attachante, une femme moderne, avec un sens critique aigu, et de l’humour ! Elle nous fait vivre avec intensité le quotidien de l’hôpital, la cohabitation avec les « matrons » anglaises, la difficulté à faire face à la souffrance qui est partout. Elle a des mots lucides et durs sur les atrocités qu’elle traverse avec tous ceux qui seront mêlés à cette guerre :  « Il reste (…) cet esprit égalitaire qui nous fait estimer à présent un être pour sa seule valeur personnelle, sans égards pour sa situation ni son nom ! Notre nouvelle conception de la vie va nous faire payer par la solitude d’âme notre passage dans la fournaise parce que beaucoup ne nous comprendront plus ! ». On retrouve aussi beaucoup de cette humanité dans le récit de José Simone, un brancardier essayiste, qui publia après guerre son « Carnet d’un brancardier » : en le lisant, on est transportés sur le front, confronté à l’horreur des obus qui tuent et défigurent, à la peur que les brancardiers doivent affronter pour secourir les blessés au péril de leur propre vie. Ses écrits ébranlent ceux qui s’y plongent et mériteraient d’être réédités !

    - En quoi cette recherche, ce livre, ce regard sur la période de 1914-1918 est-il moderne ? Pourquoi l'étude de cette période peut-elle nous être utile ?

    Patrick Loodts : Le service de santé de l’armée française vient de publier un livre sur son histoire pendant la Grande Guerre. Au même moment notre livre paraît. Il ne s’agit sans doute pas d’un hasard ! Après avoir longtemps glorifié les « combattants », au fil des nonante ans qui se sont écoulés depuis la fin de la grande guerre nos citoyens se sont progressivement éloignés du piédestal sur lequel ils avaient placé le héros guerrier. Si l’on continue pourtant à aimer nos anciens de 14, c’est aujourd’hui pour des raisons toutes autres. Le héros n’est plus d’abord un héros armé mais un homme dévoué à ses frères. Cette évolution de notre mentalité vient en grande partie des centaines d’écrits de simples soldats exhumés récemment de nos greniers. Cette redécouverte du passé des combattants survient nonante ans après l’armistice. Il fallut tout ce temps parce que les générations antérieures conservaient trop d’images de guerre en mémoire ! Se plonger dans les écrits aurait immanquablement ravivé les souffrances de la guerre qu’ils voulaient oublier ! Ce fut la génération de l’an 2000 qui n’avait pas connu la guerre qui osa les relire. Ces témoignages écrits plus émouvants les uns que les autres nous ont fait entrevoir une génération d’hommes (et de femmes) qui surent, quoi qu’on en dise, sacrifier l’entièreté de leurs intérêts personnels pour leur collectivité. Les historiens modernes de la grande Guerre ont évidemment étudié ce phénomène : si le nationalisme exacerbé, la société hiérarchisée, la discipline militaire intransigeante, la haine de l’ennemi sont certainement des facteurs qui ont, sans aucun doute, influé sur la mentalité du combattant, ils sont à eux seuls incapables d’expliquer le courage, l’endurance, la patience, l’esprit de dévouement dont fit preuve la majorité des soldats de nos armées. L’exemple des militaires non armés des services de santé est à ce sujet très parlant : les Soignants de la Grande Guerre montrèrent le plus souvent un dévouement et un courage à tout épreuve malgré la très mauvaise considération dont ils jouissaient au début de la guerre de la part des autorités militaires ! Le courage de nos ancêtres, quel que soit le niveau social auquel ils aient appartenus, ne doit pas être oublié. Il est d’un autre temps et il nous paraît aujourd’hui véritablement surhumain. Plus que jamais, la société individualiste qui est la nôtre doit pouvoir, devant les grands défis qui l’attendent, se souvenir que dans l’union et par le courage, il est possible de traverser l’enfer !

    -À qui s'adresse ce livre ?

    Isabelle Masson-Loodts : À chacun d’entre nous ! Aux médecins, infirmières et brancardiers d’aujourd’hui, bien sûr, mais aussi aux passionnés d’histoire… Ainsi qu'aux enseignants et à leurs élèves. Il serait dommage que quelqu’un ne se plonge pas dans ce livre en pensant que l’histoire de la médecine durant cette période est l’affaire de spécialistes ou de passionnés uniquement : c’est un chapitre de notre histoire à tous, qui permet à chacun de se rappeler à quel point l’Homme est capable du pire et du meilleur. En ce sens, c’est un ouvrage humaniste, qui à lui seul est une belle aventure humaine !